
Amar
NAÏT MESSAOUD
©
La Dépêche
de Kabylie du 25 juin 2008
Le
bouillonnement culturel et militant ayant
caractérisé le combat pour
l’amazigité au milieu des années
70 ne fut pas un coup de tonnerre dans un
ciel serein.
A
la fin des années 60 et tout au long
de la décennie qui suivra, une véritable
renaissance culturelle s’est développée
dans un système underground, en dehors
des circuits administratifs, de la bureaucratie
et de la censure du parti unique. Les cours
informels de berbère assurés
à l’université d’Alger par
Mouloud Mammeri étaient assidûment
suivis par des étudiants engagés
dans le combat culturel ; ces cours seront
brutalement interrompus par l’administration
et la fougue de l’élite kabyle prit
d’autres relais.
Un
point de ralliement sera consigné
par Bessaoud Mohand Arab en fondant, avec
des amis, l’Académie berbère
de Paris. Autour de cette institution bénévole
graviteront des étudiants, des chanteurs
émigrés et de simples travailleurs.
Des relais seront implantés en Algérie,
particulièrement à Alger et
en Kabylie, par l’intermédiaire d’étudiants,
de lycéens et de certaines personnes
plus ou moins instruites acquises à
la cause de la défense de la culture
berbère. Mohamed Haroun, étudiant
au lycée technique de Dellys, sera
un fervent et efficace ambassadeur de cette
institution au niveau de la Kabylie.
L’arbitraire
du pouvoir avait interdit toute expression
publique de la culture berbère :
des élèves de lycées
de Kabylie ont plusieurs fois été
contraints de jouer des pièces de
théâtre en arabe classique
; la télévision d’Etat ignorait
complètement la dimension berbère
de la culture algérienne en faisant
l’impasse sur cette langue et en faisant
un matraquage propagandiste sur et dans
la langue arabe ; tous les signes qui renvoient
à cette culture sont pourchassés,
y compris par les forces de répression.
La provocation alla jusqu’à programmer
des chanteurs arabophones au cours d’une
édition de la Fête des Cerises
de Larbaâ Nath Irathène, ce
qui entraîna de graves troubles et
une féroce répression des
populations.
Cette
attitude ségrégationniste
avait, comme de bien entendu, renforcé
la conviction des femmes et des hommes de
culture, des lycéens et des étudiants,
quant à la justesse du combat amazigh.
Cela se traduisit par un travail encore
plus profond et plus élargi de tous
ceux qui, souvent avec des moyens dérisoires,
s’étaient investis dans la culture.
Loin
de nous l’idée de procéder
à un inventaire des œuvres et des
personnalités qui allaient constituer
le ferment de la lutte pour la culture berbère
pendant les années qui ont précédé
l’explosion d’Avril 1980 ; on ne peut cependant
faire l’impasse sur certains hommes et certains
symboles qui ont fini par faire corps avec
la société : le chanteur et
militant Ferhat Imazighen Imoula, Aït
Menguellet, Ben Mohamed, Mohia, Slimane
Azem, Mammeri, la JSK…
C’est
dans ce contexte que surgit une voix rocailleuse,
porteuse de rébellion et d’espoir
à la fois. Matoub Lounès agrégera
dans son action et son travail artistique
les plus-values culturelles de ses prédécesseurs
en y apportant sa touche personnelle faite
de fougue, de combativité exceptionnelles.
On ne pourra jamais dresser une liste exhaustive
pour une période qui a fait intervenir
également des anonymes, des militants
sans ‘’statut’’ particulier. En tout cas,
chanteurs, écrivains, animateurs
d’associations et de revues interdites,
animateurs villageois, tous ont contribué,
d’une manière ou d’une autre, à
l’éveil de la conscience berbère
en Kabylie.
Même
les organes officiels de l’Etat ont été
investis, d’une manière subtile et
intelligente, par les défenseurs
de la démocratie et de la culture
berbère ; nous faisons particulièrement
allusion à la Radio d’expression
kabyle, la Chaîne II, où ont
pu s’exprimer des hommes et des femmes de
grande valeur à l’image de Benmohamed,
Boukhalfa, Hadjira Oulbachir, …etc. et à
l’hebdomadaire “Algérie Actualités’’
où travaillaient des plumes prestigieuses
comme Tahar Djaout, Abdelkrim Djaâd…qui
ont pu éclairer l’opinion sur un
certain nombre de sujets complexes liés
à la culture.
Il
s’ensuivit alors un bouillonnement culturel
sans précédent suite auquel
la société kabyle a renoué
avec les grands symboles de sa culture et
de son histoire : Massinissa, Jugurtha,
Juba, Jean et Taos Amrouche, Feraoun, Abane
Ramdane, Krim Belkacem, etc. Presque tous
ces symboles ont servi dans la chanson de
Lounès pour illustrer le combat des
ancêtres, tirer les leçons
de erreurs du passé et tracer des
voies nouvelles pour l’émancipation
politique, sociale et culturelle de la jeunesse
algérienne en général
et kabyle en particulier.
Une
esthétique de la rébellion
Trop
rares sont les poèmes de Matoub Lounès
où la vie privée du chanteur
soit assez éloignée des thèmes
majeurs qu’il a eu l’occasion de traiter
dans sa courte mais exaltante vie. Au cours
d’une carrière artistique qui s’étale
sur environ vingt ans- et que seul son destin
tragique a pu arrêter à Tala
Bounane un certain 25 juin 1998-, Matoub
a carrément bouleversé le
cours de la chanson kabyle en lui apportant
un souffle nouveau marqué par la
fougue et le rythme de la jeunesse, l’esprit
rebelle et une sensibilité à
fleur de peau. Pourtant, en venant à
la chanson, il n’a pas trouvé le
terrain vierge. Au contraire, une génération
post-Indépendance, pleine d’énergie
et d’imagination, a pu s’imposer auprès
d’un auditoire assoiffé des mots
du terroir et des rythmes ancestraux, catégories
artistiques niées et malmenées
par la culture officielle imposée
par le parti unique. Ainsi, Aït Menguellet,
Ferhat Imazighène Imula et Idir ont
pu se mettre au diapason des aspirations
de la jeunesse de l’époque, et le
cours des événements a fait
d’eux- peut-être à leur corps
défendant- des ‘’porte-paroles’’
attitrés d’une population déçue
par l’ère de l’après-indépendance
faite d’arbitraire, de népotisme,
de négation des libertés et
de l’identité berbère. C’est
dans ce contexte, dont le début de
maturation peut être situé
aux alentours de 1977, année du double
trophée de la JSK (Coupe d’Algérie
et championnat) qui a vu une jeunesse kabyle
enthousiaste et déchaînée
cracher les quatre vérités
au président du Conseil de la révolution
présent sur le stade du 5 Juillet
à Alger. Pour punir la région
pour une telle ‘’indiscipline’’, le gouvernement
rebaptisa la JSK du nom de la JET (Jeunesse
électronique de Tizi Ouzou), sujet
qui fera l’objet d’une chanson de Matoub.
Sur
ce terrain déjà abondamment
fertilisé par une prise de conscience
de plus en plus avancée, Matoub évoluera
en apportant sa touche et son style personnels
et qui se révéleront par la
suite comme une véritable révolution
dans la chanson kabyle en général.
Après
les premières chansons où
se mélangent amour, ambiance de fête
et rébellion primesautière,
thèmes bâtis sur des textes
généralement courts et des
rythmes vifs, Matoub Lounès épousera
la ‘’courbe’’ des événements
en s’en faisant parfois le ‘’chroniqueur’’,
le commentateur et l’analyste.
Et
le premier et le plus important événement
que Matoub a eu à vivre dans sa région,
alors qu’il était âgé
d’un plus de vingt-cinq ans, était
bien sûr le Printemps berbère
d’Avril 1980. Pour toute la population de
Kabylie, et même pour l’ensemble du
pays, Avril 1980 est considéré
comme le premier mouvement sortant des entrailles
de la population après l’indépendance
du pays en 1962. Tout ce qui s’est passé
avant cette date- fussent-elles des émeutes-
était circonscrit aux luttes du sérail
et était géré en tant
que tel. Le Mouvement Berbère de
1980, qui a commencé en mars et dont
les plus gros troubles se sont étalés
sur quatre mois- en vérité,
ce Mouvement n’a jamais pris fin et tout
ce que vivra la Kabylie des décennies
plus tard est frappé du sceau d’avril
80-, allait constituer le bréviaire
et le champ d’action de la poésie
de Matoub. “L’Oued Aïssi’’, “Si Skikda
i t n id fkène’’, et d’autres chansons
aussi émouvantes et fougueuses les
unes que les autres, sont le point de départ
d’un parcours de chanson engagée
que ne démentiront ni le temps ni
les événements. ‘’Engagé’’,
une épithète certes galvaudée,
par le pouvoir politique d’abord- car il
place et classe tous ses courtisans, artistes
ou autres faux intellectuels, dans cette
catégorie tant ‘’convoitée’’-
et ensuite par de médiocres chansonniers
à la recherche d’une hypothétique
gloire qui viendrait, si c’est possible,
de la débordante générosité
du sérail. Mais tel que défini
initialement, Matoub répond parfaitement-
et jusqu’au drame- aux canons de l’engagement.
Partant
de ce constat irréfutable, il s’avère
que c’est sans grande surprise que l’on
découvre à quel point la vie
personnelle, et même intime, du chanteur
vient se mêler, s’imbriquer et parfois
se confondre au destin collectif que Matoub
met en scène dans ces poèmes.
Et ce n’est pas par hasard que les chansons
qui excellent dans se genre d’ ‘’amalgame’’
volontaires soient les plus volumineuses,
les plus longues. Que l’on s’arrête
sur ‘’Azrou n’Laghrib’’ (1983), ‘’Ad Regmegh
qabl imaniw’’ (1982) et l’inénarrable
‘’A Tarwa n’Lhif’’ (1986). Toutes les trois
portent la marque d’une errance de l’auteur-
où se mêlent éléments
réels et quelques séquences
de fiction poétique- associée
à l’épopée de toute
une région, un pays, une nation.
D’autres textes plus courts adoptent la
même architecture : ‘’A y ammi aâzizène,
ayn akka tghabedh ghef allan ?’’, ‘’Tkallaxm-iyi
di temziw, xellasgh awen ayn ur d ughagh’’,
‘’Ugadegh ak Rwin…’’, …etc.
Toujours
présent
La
Kabylie ne se résout pas encore à
vivre sans la voix rocailleuse de vrai montagnard
et sans la sensibilité fougueuse
de l’écorché vif que fut Matoub
Lounès. Sa pesante absence s’est
imperceptiblement muée en une formidable
et indicible présence auprès
d’une jeunesse qui se reconnaissait totalement
en lui et qui n’arrive pas encore, dix ans
après son lâche assassinat
à Tala Bounane, à faire son
travail de deuil.
Plus
qu’un simple phénomène culturel
exclusivement lié à la chanson
et à son mode d’expression, loin
du show biz connu sous les cieux agités
de l’Occident, l’attachement à l’idole
Matoub est un fort symbole, une forme d’identification
historique et culturelle, une plongée
dans les mythes fondateurs de la Kabylie
et un porte-étendard de la résistance
à l’oppression et à l’arbitraire.
La
vérité est que le travail
accompli par les maîtres et les savants
(les amusnaw modernes), à l’image
de Mouloud Mammeri, pour la réhabilitation
et la promotion de la culture berbère
n’était pas accessible directement
au commun des citoyens. Bien que Dda Lmulud
eût déployé des efforts
surhumains au début de l’ouverture
démocratique- alors qu’il avait allègrement
franchi le cap des 70 ans- pour porter le
plus loin possible le message d’une renaissance
amazigh, la mission avait bien besoin de
médiateurs culturels agissant directement
sur le terreau social existant sans sophistication
intellectuelle ni complication conceptuelle.
Ce fut le rôle joué naturellement
par les hommes d’art et de culture de la
trempe de Matoub Louenès.
Avec
les mots simples de la tribu- auxquels il
redonna sens et puissance -, il parvient
à toucher toutes les franges de la
société par ses belles métaphores,
ses colères justifiées ou
circonstancielles, ses envolées lyriques,
ses poésies épiques et ses
mélodies alliant authenticité
et originalité.
Matoub
devint un mythe de son vivant auprès
des jeunes kabyles à la recherche
de repères et de confiance en soi.
Ses chansons étaient et sont toujours
exécutées et répétées
dans les fêtes, dans les écoles,
dans les ateliers de travail. Elles sont
écoutées à la maison,
dans la voiture et sur la voie publique.
Elles sont psalmodiées sur le frêne
qu’on effeuille, sur l’olivier qu’on gaule
et sur les bancs de l’école qu’on
boude. Elles sont entonnées à
gorge déployée et à
poitrine bombée pendant les marches
et manifestations. Elles sont susurrées
a capella dans les chambres nues d’adolescents
chagrinés, dans les cuisines de jeunes
filles déscolarisées et dans
les turnes et piaules silencieuses des cités
universitaires.
Aucun
espace public ou privé n’échappe
à la matoubania. Son assassinat a
été ressenti comme l’un des
plus grands drames qu’ait
eu à connaître
la Kabylie depuis l’Indépendance
du pays. Il faut avoir un cœur d’airain
et une foi qui ébranle les montagnes
pour ne pas désespérer, pour
ne pas faillir, pour ne pas défaillir.
Et c’est tout l’enseignement de Matoub,
allant dans le sens de la pugnacité,
de la bravoure et du dévouement total,
qualités que s’est appropriée
la nouvelle jeunesse de Kabylie pour forcer
les horizons à s’ouvrir et le destin
à s’accomplir.

Halim AKLI
©
El Watan du
25 juin 2008
Ils
ont tué Lounès le 25 juin
1998. Ils avaient essayé déjà,
mais à chaque fois Lounès
était reparu. » Ainsi
s’annonçait le livre témoignage
Pour l’amour d’un Rebelle écrit par
son épouse, Nadia, et paru en 2000
à Paris aux Editions Robert Laffont.
La vie de Lounès aura été
jalonnée d’épisodes dramatiques
qui ne faisaient que lui rappeler son statut
de sursitaire dans une époque où
l’intolérance produit des « chasseurs
de lumières » qui privent
le ciel de ses étoiles et la Terre
de sa lumière.
Sinon,
sa vie aura été celle d’un
homme exceptionnel de part sa bravoure légendaire
que le commun des humains avait cru ne relever
que de l’imaginaire. En effet, ni l’anathème
et les rumeurs assassines distillées
intentionnellement pour le diaboliser et
tenter de le mettre au ban de la société,
ni les intimidations, les pressions et les
menaces, ni même les attentats qui
l’ont mutilé physiquement n’ont pu
avoir raison de son courage et de son abnégation
qui laissaient admiratifs plus d’un. Tel
un phénix, il renaissait de ses cendres,
à chaque fois que la folie et l’ignorance
le frappaient. « Si vous croyez
que vos balles peuvent me tuer, me revoilà,
plus vivant que jamais », déclamait-il
dans L’ironie du sort sortit en 1989. L’autre
de ses qualités avérées
et qui a souvent été à
l’origine de pas mal d’incompréhensions,
est sans nul doute sa singulière
sincérité dans tout ce qu’il
entreprenait, disait ou faisait. Il y a
quelque temps, l’une de ses grandes amitiés,
une grande dame faite de valeurs humaines
et de principes politiques inébranlables,
à l’image d’ailleurs de son grand
ami Lounès, nous disait à
juste titre qu’il « était
versatile comme tous les grands artistes ».
C’est méconnaître la part de
l’humanité qui caractérise
la personnalité du barde que de prendre
sa franchise pour de l’inconstance. Beaucoup
se rappellent encore de la controverse dont
il avait été à l’origine,
lors de la célébration du
l0e anniversaire du Printemps amazigh lorsqu’il
vilipenda les principaux acteurs du Mouvement
culturel berbère (MCB) dans un discours
qui avait failli transformer le grand gala
en une arène de gladiateurs.
La
déception était grande. Et
pour cause, une célébration
particulière qui intervenait pour
la première fois en démocratie
dans le multipartisme et dans la liberté,
de sorte que des Imazighen du Maroc, de
Djerba, de Libye, des Aurès, de Cherchell,
de la vallée du M’zab, du Tassili,
du Niger, de la Mauritanie et du Mali ainsi
que des îles Canaries, tous ont tenu
à marquer de leur présence
ce grand moment de retrouvailles qui fut
gâché par l’inattendue sortie
au vitriol de Matoub. Certains, de retour
chez eux, avaient, sous le coup de la colère,
réservé un autodafé
des œuvres de l’artiste qu’ils avaient aimé
depuis ses débuts. Pourtant, une
semaine après, il était l’invité
de la coordination des étudiants
de l’université de Hasnaoua pour
donner une conférence sur « la
musique populaire chaâbi »
de El Anka à nos jours. La salle
était pleine comme un œuf. Dehors,
des milliers d’étudiants et de citoyens
qui n’ont pas pu y accéder poireautaient.
Le conférencier du jour s’avéra
être un fin connaisseur de la musique
et de son histoire. Mais ce que l’assistance
attendait, c’était le débat
qui allait suivre. Comme attendu, la première
question d’une étudiante, visiblement
émue, reprocha à Lounès,
avec beaucoup de tendresse d’ailleurs, sa
sortie du campus de Oued Aïssi en lui
disant : « C’était
sur toi que reposait tout notre espoir de
réaliser notre union et c’est toi
qui a aggravé la division ».
Tout souriant et visiblement touché
par la sincérité de l’étudiante,
Lounès commença sa réponse
par une plaisanterie, disant qu’il aurait
dû ramener son mandole pour rechanter
la chanson qui avait mis le feu aux poudres
lors du gala avorté. Reprenant son
air sérieux, il ajouta : « Tu
sais ma fille, je veux rester authentique
de sorte que ceux qui m’aiment sauront pourquoi
et ceux qui me haïssent aussi. Mais,
je vous donne ma parole aujourd’hui devant
tout ce monde que si un jour, je me rends
compte que j’ai tort, je n’hésiterai
pas une minute à faire mon mea culpa
et à me rapprocher de mes adversaires
d’aujourd’hui pour leur demander pardon ».
C’était là que, personnellement,
Lounès m’avait reconquis par sa sincérité
qu’il mettra d’ailleurs en œuvre, une année
plus tard, en se réconciliant définitivement
avec ceux qu’il avait vilipendés.
Il avait eu tort, il s’en était rendu
compte et il s’est corrigé en bon
« homme libre ».
A
ce titre, il chantera dans Regard sur l’histoire
d’un pays damné : « ...Ce
parti ou celui-là, je ne me gênerai
pas à les torpiller haut et bas,
sans relâche mais sans mépris... ».
Et de poursuivre dans la langue pour laquelle
il a voué toute sa vie : « ...Ma
yella wthegh di gma assagi, tassa w ur ttugi... ».
Il sera ainsi l’un des partisans les plus
actifs de l’arrêt du processus dit
électoral de 1991, qui allait mettre
le destin du pays entre les mains du fanatisme
religieux. A travers son album L’hymne à
Boudiaf, sorti en 1993, il rendra un vibrant
hommage à l’auteur de « L’Algérie
avant tout » qui a su redonner
espoir au peuple en six mois de gouvernance
durant lesquels il avait incarné
la rupture avec la langue de bois en vigueur
et avec l’islamisme avec lequel il avait
décidé d’en finir. Malgré
la tourmente croissante provoquée
par les attentats terroristes qui frappaient
les services de sécurité et
l’élite nationale dont des journalistes,
des compétences mondiales, des militants
qui payeront de leur vie leur engagement
en faveur de l’Etat républicain,
Matoub était de ceux qui ont choisi
de rester parmi les leurs. Il prendra part
aux assises du Mouvement pour la République
(MPR) en novembre 1993 et participera à
la grandiose marche du 29 juin 1994 à
laquelle avait appelé ce mouvement
transpartisan pour exiger toute la lumière
sur l’assassinat du président Boudiaf.
Un attentat à la bombe fait 2 morts
et plus de 70 blessés. En cette année
1994, l’horreur intégriste avait
atteint son point culminant. Passant à
un stade de barbarie toujours plus abjecte,
les islamîstes massacraient les femmes
refusant le port du voile, syndicalistes,
militants démocrates et citoyens
qui refusent la soumission devant leur diktat.
L’Etat était à genoux et donc
incapable de garantir la sécurité
aux citoyens. L’appel à la résistance
était lancé et des groupes
d’autodéfense se constituèrent
aussitôt à travers les hameaux
et villages. Avec comme seules armes des
fusils de chasse, des armes blanches et
la farouche détermination de ne pas
laisser les hordes terroristes piétiner
l’honneur des villages. Matoub soutient
cette solution et encourage les réticents
à se constituer dans le cadre de
la résistance qui lui était
chère et qu’il évoquera avec
force sur scène lors de son ultime
gala, début 1998, au Zénith
de Paris. Démocrate, républicain
et amoureux de l’Algérie jusqu’au
bout des ongles, il était aussi un
laïque qui s’assumait.
Il
avait conscience des risques qu’il encourait
en adoptant systématiquement des
positions frontales vis-à-vis des
tenants d’un ordre moyenâgeux, du
pouvoir et des réconciliateurs du
contrat de Rome sous l’égide de Sant’
Egidio qu’il qualifiera, lors d’une émission
télévisée, de « haute
trahison ». Il sera kidnappé
par les intégristes en septembre
1994 et condamné à mort par
un tribunal islamiste avant que ses ravisseurs
ne se ravisent et le libèrent quinze
jours plus tard sous une pression populaire
impressionnante. La peur s’était
emparée, pour la première
fois, des maquis terroristes. Commencera
alors une campagne de diffamation et de
dénigrement visant à le détruire
par l’anathème et l’immoralité
en semant le doute quant à son rapt
que certains qualifient encore à
ce jour de « vrai faux »
kidnapping. Il en sera affecté au
plus profond de lui-même et il le
fera savoir dans ses œuvres, notamment dans
son livre témoignage Le Rebelle (Editions
Stock, 1995) qu’il avait tenu à écrire
dans le seul but de clouer le bec à
ses détracteurs. Cette œuvre lui
ouvrira grandes les portes de la consécration
et se verra ainsi attribuer le Prix international
de la mémoire en France et celui
de la liberté d’expression au Canada
dont les discours de haute facture, prononcés
à ces occasions, témoignent,
si besoin est, de la dimension politique
et intellectuelle que l’artiste, qui était
à l’apogée de son art, avait
acquise. Son combat, Matoub le mènera
avec courage et sincérité
jusqu’au jour fatidique qui marquera à
jamais la mémoire collective de tous
les hommes et les femmes épris de
justice et de liberté. Il sera lâchement
assassiné le 25 juin 1998 sur la
route menant à son village Taourirt
Moussa par un groupe armé qui blessera
grièvement son épouse et ses
deux belles-sœurs qui l’accompagnaient ce
jour-là. L’émotion était
telle qu’une chape de tristesse et de douleur
s’était abattue sur le pays. Jacques
Chirac, entre autres, avait, rappelons-le,
exprimé sa « profonde
tristesse » devant cet acte ignoble
qu’il avait fermement condamné.Le
lendemain, le GSPC revendique officiellement
cet acte abject. Ses détracteurs
de toujours sont de suite montés
au créneau pour ne pas rester en
marge de l’émotion qui s’était
emparée de tout un peuple et du même
coup verser une larme de crocodile afin
de tenter de faire oublier tout ce qu’ils
avaient fait endurer au « barde
flingué » durant les dernières
années de sa vie.
Ainsi,
s’accaparant sans scrupules le symbole dont
certains avaient même jubilé
à la nouvelle de sa mort, ceux-là
mêmes qui sont allés trop vite
en besogne en s’investissant dans une campagne
sans précédent ; insinuant
en public et accusant en privé ses
amis d’en être complices, ils ont
marqué en fait l’amorce d’une certaine
pollution de la scène qui y atteindra
son paroxysme entre 2002 et 2005. Il ne
s’agît aucunement ici de réinviter
l’ineptie et la bêtise pour évoquer
la mémoire de Lounès, mais
il est inconcevable de continuer à
taire l’histoire pour faire dans le politiquement
correct tout, en sachant qu’on aura failli
au devoir de la sincérité
et de la franchise qui faisaient de Matoub
un artiste charismatique et redouté.
La nostalgie est souvent exprimée
par un peuple qui se sent plus que jamais
orphelin de son artiste intronisé,
malgré lui, guide spirituel. Pas
un village, pas une rue en Kabylie ne manquent
d’exposer un portrait géant ou une
statue de Lounès, réalisés
souvent par une jeunesse sans le sou.Un
véritable phénomène
de société qui est allé
au-delà des frontières, puisque
dans beaucoup de régions marocaines,
ces portraits ornent les façades
des places et des allées. A Grenoble,
dans la commune de Saint-Martin-d’Hères,
à Lyon, à Vaulx-en-Vélin,
deux rues portent son nom depuis 2003 et
Bertrand Delanoê, l’actuel maire de
Paris, s’apprête à baptiser
une rue de la capitale française
du nom de Matoub Lounès. « Je
veux qu’on consacre en cette année
2008 un moment très fort à
un Berbère amoureux de Paris que
j’ai bien connu, beaucoup apprécié
et admiré. C’est Matoub Lounès.
Pour son talent, sa fermeté mais
aussi sa générosité,
sa capacité à partager avec
les autres sa sensibilité et pour
sa gentillesse, consacrons un moment d’hommage
de Paris autour du talent du message et
aussi de notre fidélité à
cet homme mort en aimant passionnément
la liberté », affirmait
le 28 mai dernier le maire devant le conseil
de Paris, composé de l’ensemble des
élus de la ville. Il a chanté
tout haut ce qui rongeait son peuple de
l’intérieur avec des mots de tous
les jours et des formules qu’il puise tantôt
dans le patrimoine populaire oral, tantôt
dans sa propre inspiration.
La
puissance de ses textes avait fait dire
au caricaturiste Dilem que Matoub « produisait
un kabyle nucléaire ».
C’était sans doute cela qui explique
l’incroyable amour dont il jouissait chez
des pans entiers de la société,
notamment chez les jeunes qui sentaient
qu’il exprimait parfaitement leurs frustrations
et les injustices qu’ils subissaient.Sa
singulière proximité d’avec
son peuple de telle manière que sa
disponibilité était systématique
est d’une générosité
telle que la conscience collective en est,
à ce jour, marquée indélébilement.
Ce n’est pas par hasard que dix ans après
son assassinat, il reste indétrônable
dans les ventes chez les disquaires de toute
la Kabylie et au-delà. Ce monopole
qui, au passage, amasse bien des fortunes,
semble être, selon des observateurs
aguerris, promis à durer encore dans
le temps. Aussi, il est légion d’entendre
aujourd’hui ça et là des citoyens
regretter l’absence de l’alchimiste du verbe
devant la désorientation et le désenchantement
ambiant que certains exploitent pour se
corrompre et vendre leur âme au diable,
par cette pensée qui en dit long :
« Si Matoub était encore
là, il n’en aurait pas été
ainsi ». Aujourd’hui enfin, il
s’agit de marquer une halte après
dix ans (déjà !) sans
lui et de se demander à la lumière
des événements qui auront
marqué l’après 25 juin :
que reste-il du message et du combat de
Matoub ?
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Dix
ans après le lâche assassinat
de Lounès Matoub, le 25 juin 1998
à Tala Bounan, dans des conditions
qui restent mystérieuses à
ce jour, et à l’appel de sa famille,
un rassemblement symbolique a eu lieu aujourd’hui
devant la cour de Tizi Ouzou pour exiger
la réouverture du dossier et la vérité
sur son assassinat.
Cette
action vient après plusieurs anomalies,
irrégularités dans la procédure
et reports qui ont, 10 ans durant, caractérisé
l’instruction de cette affaire malgré
les rappels multiples de la famille, de
la Fondation et de la population et une
pression continue de la rue et des médias.
Une
délégation de 12 personnes,
composée de la mère de Lounès,
Nna Aldjia, sa sœur Malika, des membres
de la Fondation Matoub, de délégués
du Mouvement citoyen, des représentants
des comités estudiantins et des fans
de Lounès, a été reçue
ce matin, 24 juin 2008 par le Procureur
général de la cour de Tizi
Ouzou; durant cette audience, le procureur
général, représentant
le ministère de la Justice s’est
engagé à programmer l’affaire
de l’assassinat de Lounès Matoub
dans les plus brefs délais, probablement
durant la session en cours, c’est-à-dire
d’ici la fin du mois de juin.
Le
même responsable a déclaré
que l’audience de cette affaire sera publique
et que toutes les parties seront convoquées
avec toutes les garanties dont un tel procès
a besoin.
Aussi,
il promet que la famille a le droit de formuler
toutes les demandes et requêtes qu’elle
juge nécessaire pour faire éclater
la vérité.
Par
la même occasion, le procureur général
a assuré que le dossier de l’assassinat
de Lounès Matoub ne sera pas touché
ni concerné par une quelconque prescription
et qu’il est de son devoir de réunir
toutes les conditions à la tenue
d’un procès équitable qui
rende justice à la famille et à
toute la population. Par ailleurs, la famille
Matoub tient à remercier la nombreuse
foule de fans de Lounès qui a répondu
à l’appel au rassemblement devant
la cour de justice de
Tizi Ouzou.
Pour
la famille de Lounès Matoub
la
sœur Malika Matoub
et
la mère Nna Aldjia Matoub

Entretien
réalisé par Aomar MOHELLEBI
©
La Dépêche
de Kabylie du 25 juin 2008
D.D.K.
Pouvez-vous revenir sur votre rencontre
hier avec le procureur général
de la cour de
Tizi-Ouzou?
Malika
Matoub : J’ai été
reçue par le procureur général
près la cour de Tizi-Ouzou. Je voulais
être en présence de témoins
sur ce qui allait se discuter. C’est pourquoi
j’étais accompagnée d’une
dizaine de représentants de différentes
organisations de la société
civile.
Vous
confirmez donc l’engagement du procureur
général au sujet de la tenue
du procès avant la fin du mois en
cours...
Bien
sûr ! Il a été clair
et affirmatif. Le procureur général
dit que le procès va se tenir au
courant de la session criminelle en cours.
Mais
vous avez toujours contesté la tenue
du procès sans un travail d’enquête
sérieuse au préalable. Un
travail non encore réalisé
!
Je
l’ai dit au procureur général.
Il nous a rassuré que le jour de
la tenue du procès, la famille pourrait
déposer un mémorandum. Effectivement,
nous avons des revendication dont la satisfaction
est indispensable pour la tenue d’un procès
qui permettrait à la vérité
d’éclater.
Le
procureur général pouvait-il
demander un complément d’enquête?
Bien
entendu. Il a les prérogation pour
le faire dans la mesure où il le
jugerait nécessaire. La loi l’autorise.
Comment
tenir ce procès alors que vous avez
tout le temps réfuté la thèse
que ce sont Chénoui et Medjnoun,
actuellement détenus, qui seraient,
entre autres, les meurtriers de Lounès
?
Ce
que je demande, c’est une véritable
enquête. Tant qu’il n’y a pas d’enquête
scientifique avec une reconstitution des
faits et l’audience de toute personne impliquée,
je n’adhérerais jamais à cette
thèse.
Ce
travail est préalable. Je refuse
la désignation extraordinaire des
accusés. Ceux qui ont désigné
les deux personnes que vous citez dans votre
question, notamment le chef des Patriotes
de la région, doivent venir témoigner
? La famille de Chénoui a rendu public
un communiqué dans lequel elle disait
que c’est le chef Patriote de la région
qui l’a interpellé.
C’est
vrai, je ne suis pas là pour régler
des comptes. Je demande juste que justice
soit faite. Je veux savoir qui a tué
mon frère. Je veux aussi savoir comment
il a été tué.
C’est
à la justice de faire ce travail
et non pas aux communiqués de presse
et aux écrits journalistiques. Ces
derniers ne peuvent pas élucider
cette affaire.
L’information
de la tenue du procès a déjà
circulé à maintes reprise.
Ne peut-il pas s’agir que d’une promesses
de plus?
C’est
vrai qu’il y a quelques mois, la presse
a annoncé sa tenue imminente cette
fois-ci, c’est différent.
Le
procureur général l’a dit
publiquement. On ne peut pas m’induire en
erreur.
J’étais
avec des témoin et j’ai rendu public
un communiqué à ce sujet.
C’est au parquet d’assurer. La tenue du
procès est encore remise aux calandres
grecques.
Les
activités organisées pour
marquer l’anniversaire de l’assassinat de
votre frère sont en deçà
de ce qu’il mérite.
Pourquoi
pas un grand événement surtout
pour les 10 ans ?
Ce
n’est pas une Fondation ou une association,
dépourvues de moyens qui peuvent
organiser des évènements grandioses.
Il
faut que ce soit une institution étatique,
avec les moyens adéquats, qui pourrait
organiser ce genre d’évènement.
Toutefois
pour cette année, nous avons réussi
le concours de poésie Matoub Lounès
Un
dernier mot ?
Nous
continuerons à demander la vérité,
toute la vérité sur l’assassinat
de mon frère, je veux savoir qui
a tué Lounès et comment il
a été tué ?
Si
nous voulons faire un saut vers l’avenir,
on ne peut pas occulter cette affaire. Tant
que le pouvoir fait la sourde oreille, on
continuera à exiger cette vérité.

Djaffar
CHIHAB
©
La Dépêche
de Kabylie du 29 mai 2008
Le
conseil de Paris qui s’est tenu avant-hier
s’est penché sur, entre autres sujets
abordés, la proposition du maire
Bertrand Delanoë d’attribuer à
une rue de la ville le nom du chanteur kabyle,
le défunt Matoub Lounès. La
proposition a été officiellement
entérinée par ledit conseil
qui regroupe l’ensemble des élus
de la ville.
A
travers ce quitus que le conseil de Paris
vient de lui délivrer, Delanoë
se voit ainsi conforté dans ses engagements
pris à la veille des dernières
municipales. Il a désormais le champ
libre…pour tenir promesse. Une autre opportunité
pour lui de se distinguer, et confirmer
son rapprochement, ses amitiés envers
les Kabyles qui lui manifestent beaucoup
de sympathie.
Delanoë est sur le
point d’être le premier politique
français par qui est venue la première
baptisation d’une rue de Paris au nom d’une
personnalité kabyle. Et ça
sera au nom du Rebelle, Matoub Lounes. "
Je veux qu’on consacre en cette année
2008, un moment très fort à
un Berbère amoureux de Paris que
j’ai bien connu, beaucoup apprécié
et admiré. C’est Matoub Lounès.
Pour son talent, sa fermeté mais
aussi sa générosité,
sa capacité à partager avec
les autres, sa sensibilité, et pour
sa gentillesse, consacrons un moment d’hommage
de Paris autour du talent, du message, et
aussi de notre fidélité à
cet homme mort en aimant passionnément
la liberté ", déclarait
solennellement le maire de Paris sur le
sujet lors de la cérémonie
officielle tenue en l’honneur des Berbères
de France à l’occasion du nouvel
an amazigh. C’était en pleine campagne
électorale. Depuis, les élections
sont passées. Delanoë a gagné.
Et visiblement ça ne l’a pas changé.
Cette semaine encore, il a réaffirmé
son intention de consacrer un mois de juin
plein pour la commémoration du dixième
anniversaire de la mort du chantre. Il veut
" un juin dédié à
Matoub à Paris " avec diverses
manifestations au programme en collaboration
avec le Mouvement associatif berbère.
Des
fêtes commémoratives, des rencontres
débats, des expositions,…bref un
calendrier assez riche en festivités
qui devrait s’étaler le long de ce
mois de juin à nos portes. Avec un
Moment historique projeté vraisemblablement
pour le 25ème jour (date anniversaire
de l’assassinat du chanteur) et qui verra
une rue de Paris porter le nom de Matoub
Lounès. Sans qu’une voix officielle
ne l’indique pour l’instant de manière
tranchée mais il se murmure déjà
ici et là que ça se fera dans
le XIXème arrondissement. Delanoë
tiendrait, dit-on, à procéder
à son inauguration personnellement
en présence de plusieurs personnalités
berbères qu’il compte associer à
l’évènement. On prête
au maire de Paris des intentions de prévoir
les choses en grand pour la circonstance
avec un cérémonial "
à la hauteur du talent de l’artiste".
" C’est un projet qui me tient à
cœur ", l’a répété
Delanoë à chaque fois que l’occasion
se présentait à lui pour évoquer
le sujet. Il est désormais proche
de le concrétiser. En attendant "La
Maison de la culture berbère à
Paris " qu’il ambitionne aussi de créer.
" C’est pour les prochaines années
mais il faut travailler dessus tout de suite
". Les propos sont de Delanoë
qui avoue que " l’âme berbère
est une partie de l’âme de Paris."

Amar
NAÏT MESSAOUD
©
La Dépêche
de Kabylie du 25 juin 2008
Là
où certains s’interrogent sur ce
qui reste d’un artiste ou d’une personnalité
après sa mort, la jeunesse de Kabylie
peut légitimement poser la question
inverse : dix ans après sa disparition,
qu’a-t-on perdu de Matoub ?
Le
destin fatal ourdi par les chasseurs de
lumière un certain 25 juin 1998 à
Tala Bounane fait de lui la personne la
plus présente sur ces pitons acérés
où résonne encore sa voix
rocailleuse et luisent les nimbes de ses
paroles.
Si
les citoyens, le peuple et les admirateurs
du Rebelle tiennent à célébrer
régulièrement et dignement
les anniversaires de la naissance et de
la mort du chantre exalté de la liberté
et de l’amazighité, ses détracteurs
qui se sont attaqués à ses
bustes ou à ses représentations
sculptées nous rappellent, à
leur corps défendant, la permanence
et l’acuité de l’aspect dérangeant
du barde.
Mis
sous terre depuis maintenant dix ans, Matoub
demeure cette personnalité iconoclaste,
atypique et impertinente dans laquelle se
reconnaît la majorité des jeunes
de Kabylie. Son aura et son charisme- qu’il
n’a pas usurpés- ne sont pas près
de subir l’usure du temps ou la patine des
jours.
Pendant
les chaudes et douloureuses heures du Printemps
noir de 2001, ses chansons ont été
les hymnes qui ont accompagné la
révolte des jeunes et rythmé
les cérémonies présidant
aux réunions des Aârchs.
Elles
ont ranimé l’esprit de combat et
de sacrifice de la jeunesse insurgée
orpheline de la personne de Matoub. Sur
toutes les lèvres, fusait cette question
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