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Décès du poète, journaliste et écrivain algérien Hamid Skif

K. Smaïl, El Watan, 19 mars 2011 / Le poète, journaliste et écrivain algérien, Hamid Skif, l’auteur de La Géographie du danger, est décédé vendredi à 5h du matin dans un hôpital de Hambourg (Allemagne), des suites d’une longue maladie. Il allait avoir 60 ans dans quelques jours. Il sera rapatrié cette semaine à Alger.

Hamid Skif  n’est pas un poète disparu. Au contraire, un menestrel, un trouvère retrouvé aimant taquiner les Muses de par un souffle poétique et cursif contemporain et humainement investi de valeurs cardinales universelles. La preuve ! Dans son œuvre phare, primée et saluée-lauréat du prix du roman francophone 2007- La Géographiedu danger, Hamid Skif, semble revendiquer haut et fort son statut d’écrivain universel et ce,  à travers la voix de son personnage( un sans-papier, un harraga) : « Je suis turc, arabe, berbère, iranien, kurde, gitan, cubain, bosniaque, albanais, roumain, tchétchène, mexicain, brésilien ou chilien au gré des nécessités. J'habite les lieux de ma métamorphose… ». Un citoyen du monde !    >>> Lire la suite 


Pour tes yeux - Por tus ojos / Hamid SKIF

à Medellín (Colombie), le 30 juin 2002, lors d'un festival international de poésie

Memoria del Festival Internacional de Poesía de Medellín. El poeta argelino Hamid Skif, lee el poema Por tus ojos, en junio de 2002, mientras toma parte en el XII Festival Internacional de Poesía de Medellín. Por defender la esperanza de vida de los niños del mundo mueren hombres al sol cada día, expresa.

Hamid Skif nació en Orán, Argelia, en 1951. Poeta, dramaturgo y narrador. En 1968 se unió al renombrado Théâtre de la Mer, también bautizado la Acción Cultural de los Trabajadores. El editor Jean Senac publicó en 1971 poemas suyos en su "Antología de la poesía joven argelina de expresión francesa". Lleva a la par su actividad intelectual, poética y política. En 1978 fue laureado por la obra de teatro Une si tendre enfance. En 1979 publicó una antología de poesía argelina en castellano en España: País de larga pena. Ha fundado asociaciones de escritores, de jóvenes y de grupos periodísticos. En 1997 se instaló en Hamburgo donde publicó "Poemas del adiós". Otras obras: Nouvelles de la maison du silence (1986); Citrouille felée; "La princesa y el clown" (novela, 1999), "El testamento" (teatro), "Las escaleras del cielo" (ensayos) y "Pequeñas historias para hacer reír un caballo".

Fuente : Festival de poesía de Medellín (Colombia)


 

 


Marche pour la démocratie et le changement

EN DIRECT : la marche du 19 février à Alger

Rédaction, nos journalistes sur place, Tout Sur l'Algérie, 19 février 2011 / 10h20. A 40 minutes du début de la marche de la CNCD, la Place du 1er Mai offre un spectacle curieux. La circulation automobile n’est pas interrompue et de nombreux citoyens attendent dans les arrêts de bus. Contrairement à samedi dernier, les transports en commun – bus et taxis- semblent en effet fonctionner normalement. Le groupe d’une centaine de manifestants qui a tenté de pénétrer à l’intérieur de la Place a été repoussé dans une ruelle voisine où il est bloqué par les policiers. Les membres du CNCD devraient rejoindre les lieux à 11h.

10h10. Place du 1er Mai. Arrivée de Ali Yahia Abdenour. Il est le premier leader de la CNCD à arriver sur les lieux d’où doit démarrer la marche à 11heures. A moins d’une heure du début de la marche, les manifestants sont toujours peu nombreux à la Place du 1er Mai. La police interdit tout attroupement. Mêmes les journalistes sont empêchés de travailler.

9h45. Une centaine de manifestants tentent de rejoindre la Place du 1er Mai, en scandant des slogans hostiles au pouvoir et en faveur du changement démocratique. Ils sont repoussés par la police fortement déployée sur les lieux. Ces manifestants sont visiblement venus depuis le quartier voisin de Belouizdad.

9h15. Les manifestants ne sont pas nombreux à la Place du 1er Mai. Les policiers occupent tous les endroits susceptibles d’accueillir un rassemblement. « A chaque fois qu’on s’arrête quelque part, un policier vient nous demander de partir », explique une de nos journalistes sur place. Contrairement à samedi dernier, les transports en commun –bus et taxis– semblent circuler normalement. Selon des témoins, des véhicules en provenance de Tizi Ouzou ont été interceptés au barrage des Bananiers à l’est d’Alger. Les policiers ont confisqué leurs papiers.

9h00. Place du 1er Mai. A deux heures du début de la marche, la Place du 1er Mai est bouclée par un important dispositif de sécurité. Selon nos journalistes sur place, le nombre de policiers casqués et munis de matraques déployés semble supérieur à celui du 12 février, date de la première tentative de marche de la CNCD dans la capitale. Ailleurs dans le centre d’Alger, un important dispositif policier a été déployé.


En direct

Alger interdite pour les Algériens !

EL Watan.com, El Watan, 19 février 2011 / Samedi matin, les premiers passants qui se sont aventurés au niveau de la station de Taxi de la Place du 1er Mai ont été refoulés sans ménagement par les forces de l’ordre. "Circulez,  vous n'avez pas le droit de rester debout ici. Aujourd’hui on ne tolérera aucun mouvement sur cette place, alors partez et ne revenez plus dans les parages ", apostrophent, sur un ton menaçant, des policiers antiémeutes un groupe de journalistes. 

Décidément, la marche à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) ne s’annonce pas sous de bons auspices. Les gares ferroviaires ont, une nouvelle fois, été fermées et aucun train n'a quitté les quais. Les barrages routiers ont été mutipliés notamment sur l'autoroute qui relie Tizi-Ouzou, Boumerdes et Béjaia à Alger. Certains policiers n'ont même pas hésité à refouler des citoyens dont le seul tort est d'être originaire de Kabylie ! 

"On a voulu me refouler d’Alger sous prétexte que sur ma carte d’identité est mentionné comme lieu de résidence Tizi Ouzou", confie ainsi un collègue d’El Watan, habitant à Alger,  qui a été minutieusement contrôlé par la police devant la Maison de la presse Tahar Djaout. Les mêmes contrôles policiers ont été effectués au niveau des différents carrefours de la Capitale. Les forces de l'ordre, pour effrayer la population et dissuader tout citoyen d'aller manifester, ont usé à maintes reprises d'un ton menaçant en direction des Algériens. Les autorités, ont encore une fois déployé un dispositif policier impressionnant dès les premières heures de cette matinée du samedi 19 février sur toutes les rues de la capitale du pays, Alger.


marche de la coordination pour le changement et la démocratie

Alger sous les projecteurs du monde

Mohand AZIRI, El Watan, 19 février 2011 / La capitale est sous les feux des projecteurs des médias étrangers. Une quarantaine en tout couvre la deuxième marche de la Coordination pour le changement et la démocratie (CNCD). Un déploiement impressionnant de régiments surarmés de CNS encerclent Alger depuis plusieurs semaines.

Les yeux du monde, de nouveau, rivés sur Alger, suspendus à son potentiel révolutionnaire.Une marche pacifique aux allures de «quitte ou double» vertigineux s’ébranlera aujourd’hui, place du 1er Mai à Alger (à 10h) vers la place des Martyrs. Sous haute tension.Sous les feux des projecteurs des médias étrangers, une quarantaine en tout, qui couvrent la deuxième marche en moins d’une semaine de la Coordination pour le changement et la démocratie (CNCD). L’épreuve de force entre un régime monolithique avançant en rangs serrés et une opposition diffuse et éparse s’annonce des plus incertaines. Périlleuse même. Et pour cause ! Le déploiement impressionnant de régiments surarmés de CRS encerclant la capitale depuis plusieurs semaines, la propagande du «pouvoir», tournant à plein régime n’augure rien de bien réjouissant. Jeudi, à la veille de la marche, certains canards déchaînés de la presse pro-baltaguias n’ont pas hésité à relayer des appels de lynchage de manifestants et autres attitudes grégaires.

Les membres de la CNCD anticipent tous les scénarios possibles et imaginables avec une pointe inavouable de scepticisme. De l’humour aussi. «La marche de demain (aujourd’hui) est déjà un succès dès lors qu’elle a réussi à faire sortir dans les rues de la capitale et avant l’heure 30 000 Algériens habillés en bleu», affirme Amine Menadi, du Collectif Algérie Pacifique dans une allusion au nombre de CRS mobilisés pour réprimer la marche. Le «retard à l’allumage» qui caractérise la «rue» algérienne ne décourage pas outre mesure les animateurs de la CNCD : ces derniers misent sur la «spontanéité» des jeunes Algériens, «seuls véritables acteurs du changement». Sur l’éclosion des collectifs autonomes. «Même si nous n’avons pas su travailler dans le sens d’une meilleure mobilisation, nous avons quand même de l’espoir», répond le syndicaliste Idir Achour, porte-parole de la Coordination des lycées d’Algérie. Les soulèvements populaires au Bahreïn, au Yémen et tout récemment en Libye exhortent, selon lui, les Algériens à aller de l’avant. «Et ce, en dépit, ajoute-t-il, de la propagande officielle ; du travail de sape des services de sécurité qui ont fait du porte-à-porte pour dissuader les Algériens de se joindre au mouvement. Nous avons quand même bon espoir : surtout que maintenant ce ne sont désormais plus les structures politiques classiques qui sont en tête du mouvement, mais ce sont bien les mouvements de jeunes ; des étudiants qui viennent de rejoindre la coordination, les chômeurs, les cadres…»

Yacine Zaïd, syndicaliste, membre de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), abonde lui aussi dans le même sens. Il table sur la «spontanéité» de la jeunesse algérienne. «Ce sont les jeunes qui trancheront. Et lorsque les jeunes se mettront en mouvement, et ils le feront avec ou en dehors de cette coordination, aujourd’hui ou demain, le régime réalisera alors toute la vanité de son arsenal répressif et regrettera d’avoir interdit et réprimé des marches pacifiques.» La marche du 19 février, une fin en soi ? Non, rétorque le député RCD Tahar Besbès. «Ce n’est qu’une étape, dit-il, du long combat pour le changement et la démocratie». Le député, membre de la CNCD se dit «optimiste quant à l’adhésion massive des Algériens. La dynamique du 12 février est en marche. Elle crée déjà l’effet boule de neige et suscite l’engouement populaire».Les enjeux sont énormes. De l’issue de la marche d’aujourd’hui dépendra non seulement l’avenir de la CNCD mais aussi et surtout déterminera le devenir de la dynamique (jusque-là) pacifique pour le «changement de système», pour la démocratie et la «justice sociale», amorcée dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne.Hier, lors de la dernière réunion «technique» de la CNCD, on affichait résolument ses «bons espoirs», sans baigner pour autant dans un trop plein d’illusions. Samir Larabi, porte-parole du Comité national pour la défense des droits des chômeurs dit espérer que la mobilisation soit «meilleure» que celle observée lors de la marche avortée du 12 février dernier et un «effet d’entraînement» qui imposera de lui-même le «changement».


Le train immobilisé à Béjaïa

Hacen OUALI, El Watan, 19 février 2011 / Aucun train ne sera en circulation aujourd’hui, samedi, sur les rails de la wilaya de Béjaïa, a-t-on appris, en fin de journée d’hier, au niveau de la gare de Béjaïa.

Autant l’autorail, en partance chaque jour sur Alger, que le train de correspondance desservant la gare de Beni Mansour ne fonctionneront pendant la journée sur décision des autorités. Les pouvoirs publics reconduisent ainsi le même scénario mis en place lors de la marche du 12 février pour empêcher les nombreux citoyens de la wilaya de rejoindre la marche de la CNCD. L’autorail, qui avait fonctionné la veille, a rallié sa gare de départ, celle de Béjaïa en l’occurrence, vers 18h avant de reprendre aussitôt son chemin. Instruction a été donnée qu’il regagne Alger. De nombreuses personnes, dont des travailleurs et étudiants, ont été abandonnées à leur sort au niveau des gares ferroviaires, contraintes de rebrousser chemin. Jusqu’à la fin de la journée d’hier, les cheminots ne savaient rien de cette déprogrammation reconduite ainsi deux week-ends de suite.

Une grande partie des bus, desservant jusqu’à la journée d’hier la ligne d’Alger, risquent d’être mis à l’arrêt aujourd’hui par la volonté de leurs propriétaires. Un transporteur, ayant chômé «malgré lui» samedi dernier nous confiait être inhibé par la multitude de barrages policiers installés le long de la route menant à la capitale. De fait, 99% des transporteurs sur cette ligne n’ont pas travaillé cette journée-là. Le même dispositif sécuritaire sera, sans aucun doute, installé aujourd’hui. Cela étant, des citoyens, essentiellement des militants associatifs et partisans, se sont organisés pour rejoindre la capitale. Certains, parmi eux, disent le faire pour la première fois à l’appel de la CNCD. Les uns, plus que déterminés, ont pris la route hier, d’autres, moins nombreux, promettent de le faire tôt dans la matinée d’aujourd’hui.


La CNCD décidée à marcher

Sofiane AÏT-IFLIS, Le Soir d'Algérie, 19 février 2011 / Dans Alger, où le vendredi est généralement dédié à la grasse matinée, les forces anti-émeutes ont pris position. Les alentours de la place du 1er -Mai, d’où devra s’ébranler aujourd’hui à 11h la marche nationale pacifique à laquelle a appelé la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), sont bleus d’Unités républicaines de sécurité (ex-CNS). Le pouvoir reste sur sa logique de répression.

Alger (Le Soir) - Les autorités ne comptent pas céder un pouce aux marcheurs qui auront répondu à l’appel de la Coordination. Le nombre impressionnant d’engins anti-émeutes stationnés aux alentours de la place du 1er-Mai laisse supposer que la répression sera encore de mise aujourd’hui. Comme lors de la marche d’il y a une semaine, les forces de l’ordre se préparent à faire avorter l’initiative, la seconde du genre, donc, de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Mais face à cette exhibition de la tunique, la Coordination est restée sereine. Lors de son ultime réunion d’avant marche, tenue vendredi après-midi au cœur d’Alger, elle a fait le point sur les préparatifs techniques de la manifestation. Elle a aussi rappelé sa détermination à organiser la marche, en dépit de la répression qui se préparait et des manœuvres dangereuses auxquelles se sont adonnés certains courtisans du pouvoir, dans les médias notamment, qui ont appelé à casser du marcheur. D’aucuns ont dû lire les grosses manchettes incitant les habitants de certains quartiers d’Alger mitoyens de la place du 1er-Mai à s’en prendre aux manifestants. C’est de l’incitation à la violence, avec, encore plus grave, des relents bassement racistes. La Coordination a rappelé, plus que de nécessaire, que la marche à laquelle elle a appelé est de nature pacifique. Samedi 12 février, elle a réussi le pari d’une manifestation pacifique, en dépit d’une tentative instruite de la faire dévier. Des jeunes ont été rameutés pour perpétrer une contre-manifestation. N’étaient la sagesse et le haut sens de responsabilité des organisateurs de la marche, la situation aurait pu dégénérer. Ce sont ces provocations que certains travaillent à rééditer ce samedi, jouant, assurés qu’ils semblent être de ne pas être inquiétés, aux pyromanes. Ces derniers agissent comme si la capitale appartenait à certains Algériens à l’exclusion du reste. Or, dans tous les pays du monde, les capitales sont le réceptacle des contestations politiques et sociales, ceci parce que c’est au niveau de celles-ci que se trouvent les sièges des institutions. Cela dit, nombre de pays étrangers, notamment les démocraties occidentales, avaient réagi à la répression que les autorités avaient opposée à la marche du 12 février dernier. Les Etats-Unis, le Parlement européen, la France et l’Allemagne avaient appelé les autorités algériennes à permettre aux citoyens de s’exprimer librement et les forces de sécurité à de la retenue face aux manifestants. Samedi 12 février, plus de 300 manifestants ont été interpellés, dont des députés.


Les contrevérités de Medelci

Hacen OUALI, El Watan, 19 février 2011 / Mourad Medelci tente désespérément de défendre la position de son gouvernement contre l’opposition qui réclame le changement.

Après avoir déclaré, sur les ondes d’Europe 1, au lendemain de la manifestation du 12 février, que l’appel de la Coordination nationale pour le changement est «un mouvement minoritaire», voilà que le chef de la diplomatie récidive à la veille de la manifestation d’aujourd’hui. Il a déclaré, hier, à partir de Madrid, que «les autorités algériennes n’ont pas reçu de demande formelle d’autorisation pour la marche» prévue aujourd’hui à Alger et «ne savent donc pas si elle sera autorisée ou non ?». Invraisemblable ! Comme si l’introduction d’une demande d’autorisation pour marcher sur Alger allait changer quelque chose. Medelci a-t-il oublié que les autorités du pays ont déjà interdit les manifestations de l’opposition dans la capitale depuis le 14 juin 2001 ?  Mais pourquoi remonter aussi loin, puisque le dernier Conseil des ministres, à la faveur duquel a été annoncé la décision de lever prochainement l’état d’urgence, a réaffirmé l’interdiction de marcher à Alger. Les services de la wilaya d’Alger l’ont confirmé d’ailleurs plus d’une fois. Le ministre de l’Intérieur comme d’autres ministres du gouvernement ainsi d’ailleurs que les partis de l’Alliance présidentielle n’ont jamais raté l’occasion de le faire savoir.


Derriere le bouclier / Antiemeutes

Les forces de repression sous pression

Zouheir AÏT MOUHOUB, El Watan, 18 février 2011 / Que se passe-t-il sous le casque des policiers antiémeutes, mobilisés par milliers et de plusieurs wilayas pour empêcher les marches à Alger ? El Watan Week-end les a interrogés.

«Nous ne connaissons plus de repos à cause de ces manifestations, si cela perdure, le risque de dérapage n’est pas à exclure», avertit un chef brigadier des forces antiémeutes d’El Hamiz (Alger-Est). Etrangement la plus grande caserne des forces de l’ordre se trouve à quelques encablures de la maison des syndicats à Dar El Beïda, d’où la Coordination nationale pour le changement et la démocratie appelle depuis janvier dernier la population à briser le mur du silence et recourir à la rue pour réclamer le changement du système et la démocratie. Face à ces appels incessants pour manifester notamment dans la capitale, les autorités ont affirmé clairement leur refus d’autoriser toute tentative de marche, et ont déployé un dispositif qualifié d’«état de siège». Les éléments de la police que nous avons rencontrés ne sont pas indifférents à la situation qui prévaut dans le pays, même s’ils pensent que «la revalorisation de nos salaires décidée récemment par les autorités ne changera pas notre avis sur la hogra et la corruption», avoue un policier.

Ali Tounsi,  l’ex-DGSN assassiné, avait annoncé, le 29 juin 2005, l’élaboration d’un «programme quinquennal de redéploiement de la police à travers l’ensemble du territoire national» à la suite d’une «instruction» du président Bouteflika. Ce «redéploiement» s’inscrit, selon ses initiateurs, dans le cadre de la lutte contre le crime organisé et la petite délinquance dont l’ampleur est jugée «inquiétante» par les spécialistes et les observateurs. Ce programme a ainsi prévu le renforcement des rangs de ce corps de sécurité.

Hogra

Le directeur de la DGSN a révélé, le 6 novembre 2005, que le président de la République voulait doubler l’effectif de la police, qui atteindra les 200 000 hommes en trois ans. Chose promise, chose faite : aujourd’hui l’effectif de la police avoisine les 180 000 agents tous grades confondus. «Le gros est composé d’AOP (agents de l’ordre public), leur niveau d’instruction est faible puisque la DGSN n’exige aucun diplôme universitaire pour leur recrutement. Il se fait par la présentation d’un certificat de scolarité de la terminale», explique un commissaire. La politique de ressources humaines adoptée par l’état-major de la DGSN a conduit, selon nos interlocuteurs, à de graves problèmes au sein de la police : «La régionalisation, l’idéologisation et la hogra au sein de la police mènent à des conflits entre les éléments, par conséquent, cela se traduit par une brutalité sur le terrain», analyse le commissaire.  Une question s’impose, comment cela se manifeste réellement ?

«Nous avons un problème avec nos collègues issus des autres wilayas, ils n’arrivent pas à s’adapter à la population locale et leur comportement est souvent offensif. Ça s’appelle le complexe algérois. D’ailleurs, nous entretenons des relations tendues avec eux. Même chose chez nos responsables hiérarchiques qui privilégient les éléments de leur région au détriment des compétences et de la réalité du terrain, où l’enfant de la ville est le plus apte à gérer les situations d’urgence que les autres», explique Mohamed, policier algérois. Son camarade continue sur la même lancée : «Tous ces complexes exacerbés, ces divergences de points de vue, la hogra et les idées régionalistes, notamment envers les Kabyles, convergent vers un comportement brutal. Souvent quand nous recevons nos ordres, notamment dans la marche du RCD, un des chefs nous avait dit clairement : ‘il faut empêcher les Kabyles de marcher à Alger’», révèle-t-il.

Prenant la parole, son camarade originaire d’une ville de l’Ouest répond : «Les Algérois se croient supérieurs aux autres et seul leur raisonnement est juste. Alors qu’ils ont tort, il faut appliquer la loi à la lettre, si nous les suivons, cela mènerait à l’impunité, à l’insurrection comme nous l’avons vécu en Kabylie», argue ce chef brigadier, expérimenté dans l’étouffement des mouvements de protestation. La police manque aussi au sein de ces effectifs de «spécialistes en communication, ce qu’on appelle les intermédiaires ou les négociateurs», selon un commissaire de la banlieue d’Alger.

Vengeance

L’autre explication qui pourrait nourrir la brutalité avec laquelle les forces de l’ordre répriment les manifestations est les longues heures et les conditions de travail qu’endurent les policiers pendant ce genre d’événements. «Nous sommes mobilisés durant 30 heures, sur le qui-vive, prêts à intervenir. Nous manquons de sommeil, nous sommes mal pris en charge en plus de la pression des chefs», avoue un autre policier de Béni Messous. Autre élément à prendre en compte : «Les blessures des policiers pendant les dernières émeutes  qu’a connues le pays (janvier dernier) ont alimenté le sentiment de vengeance même symbolique qui serait assouvie par l’utilisation de la force, et c’est ce que nous craignons le plus», confie un haut responsable sécuritaire. Cependant, tant que la nature pacifique des manifestations persiste, cela pourrait amener les policiers à adoucir  leur conduite «et rectifier leur comportement tout en respectant les lois», assure la même source.

Mais à force de recourir au dispositif draconien mis en place depuis janvier dernier, qui inclut le déplacement des unités des autres wilayas du pays, «un phénomène d’usure pourrait s’ensuivre et la nervosité les gagner. Dans le cas d’un débordement par les manifestants, l’hypothèse du recours aux armes à feu reste plutôt improbable, seule l’intervention de l’armée pourrait être envisagée sinon», a averti Mohamed Chafik Mesbah, ex-officier supérieur de l’ANP dans un entretien accordé au site d’information TSA. Seulement voilà, les policiers que nous avons rencontrés malgré leur implication directe dans la confrontation entres les opposants et le pouvoir ont tenu à nous exprimer leur pleine adhésion au mouvement de changement engagée en Algérie. Quand même… «Mais nous n’allons pas nous révolter contre la hiérarchie, nous avons intégré les rangs de la police en sachant très bien que ce genre d’initiatives sont interdites et qu’il n’y a pas de place à la politique. C’est un corps constitué et nous devons nous conformer à la lettre aux instructions quitte à utiliser la force face aux manifestants», tranche Mustapha, 28 ans, agent de l’ordre de la wilaya de Mostaganem. Mustapha, avant d’intégrer la police, était chômeur, son niveau d’instruction ne lui permettait pas de trouver du travail : «J’ai le niveau de 9e année moyenne. Quand j’ai entendu parler du recrutement en masse par la DGSN, je me suis rapproché de la division pour déposer mon dossier. Mon niveau ne me le permettait pas, alors j’ai dû faire comme les autres et m’inscrire à l’enseignement par correspondance pour atteindre le niveau de terminale. La police est un emploi stable, je n’ai pas d’alternative.»


CNCD

«Le 12 février a brisé le mur de la peur»

Salim MESBAH, El Watan, 18 février 2011 / Pour la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), la marche de demain est déjà un «succès» puisqu’elle a enclenché une dynamique que plus personne ne pourra arrêter.

Pour le CNCD, les mouvements de protestation et de revendication que connaît la société sont à mettre à l’actif du «vent de liberté» qu’a connu la mobilisation de samedi dernier. «Regardez ce qui se passe dans la justice où pour la première fois, les greffiers ont fait grève. A Hassi Messaoud, Touggourt et Annaba, des chômeurs ont manifesté pour réclamer un travail. Les étudiants bloquent les universités et assiègent le ministère alors que le mouvement étudiant a été brisé depuis longtemps. La marche du 12 février a brisé le mur de la peur», affirme Rachid Malaoui, le président du Syndicat autonome du personnel de l’administration publique (Snapap) et membre du CNCD.

«Vous croyez qu’il vont régler les problèmes des Algériens par un coup de baguette magique ? Combien de temps les Algériens devront attendre pour avoir un travail ou un logement ? On ne peut plus mentir au peuple», affirme Malaoui. Reste que cette approche ne fait pas l’unanimité au sein de la Ligue de défense des droits de l’homme qui a enregistré son premier couac avec la lettre ouverte publiée sur Internet par Kamel Daoud, vice-président de la LADDH, dans laquelle il remettait en cause la démarche de la Coordination. Une prise de position que refuse de commenter M. Khelil pour qui les propos du vice-président seront débattus en interne. Pour Moumen Khelil, secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), l’organisation de la marche de demain permettra aux Algériens de «se réapproprier les espaces publics». «Notre action s’inscrit dans le cadre de la pluralité et de la démocratie. Nous apportons notre soutien à tous les mouvements qui veulent faire bouger cette inertie dans laquelle nous nous trouvons depuis trop longtemps.» Foudhil Boumala, l’un des initiateurs de la marche, affirme quant à lui que la marche n’est pas une fin en soi : «Nous invitons les Algériens à diversifier leurs actions pour arriver à un changement de pouvoir.» Pour les membres de la Coordination, les dernières annonces faites par Ahmed Ouyahia, Premier ministre, ne sont que de «la poudre aux yeux destinées à gagner du temps».


 

 

 


 QUAND SONNE LE TOCSIN...

Marche du 12 février à Alger

Des bus en provenance de plusieurs wilayas empêchés d’accéder à Alger

Samia AMINE, Tout Sur l'Algérie, 11 février 2011 / A la veille de la marche qui sera organisée samedi 12 février par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) à Alger, des bus en provenance de plusieurs wilayas en ont été arrêtés ce vendredi 11 février au niveau des barrages de police dressés à l’entrée de la capitale, selon un militant de la Ligue algérienne de la défense des droits de l’homme (Laddh).

« Ces bus et même des véhicules transportant plus de deux personnes ont été obligés de rebrousser chemin », indique-t-il. « Certains ont fait demi-tour, d’autres se sont débrouillés et ont pu finalement regagner le centre-ville »,  ajoute-t-il. Ce militant précise également que les points de contrôle de police se sont multipliés ce vendredi au centre-ville et à l’entrée d’Alger.

 


A la veille de la marche du 12 février

Dix étudiants de Tizi Ouzou interpellés à Alger centre

Samia AMINE, Tout Sur l'Algérie, 11 février 2011 / Une dizaine d’étudiants venus de Tizi Ouzou, dont deux militants de la Ligue algérienne de la défense des droits de l’homme (laddh), ont été interpellés par la police vendredi 11 février près de la place Audin dans le centre d’Alger. « Dans un premier temps, ils ont été arrêtés et emmenés au commissariat du Sixième », précise un militant de la Laddh. « Par la suite, ils ont été relâchés mais leurs papiers d’identité ont été confisqués. Quelque temps après, ils les ont récupérés », ajoute-t-il. Aucune explication ne leur a été donnée au sujet de leur arrestation. « Il s’agit d’une interpellation aléatoire », précise le militant de la Laddh.

Jeudi, des membres du bureau régional de la Ligue Algérienne (Laddh) de la wilaya d’Oran ont été arrêtés alors qu’ils distribuaient des affichettes pour la marche du 12 février sur la rue Khemisti, dans le centre-ville. Ils ont été relâchés. La CNCD dont fait partie la Laddh a appelé à une marche populaire samedi 12 février à Alger et à un rassemblement populaire le même jour à Oran. Ces manifestations ne sont pas autorisées par les autorités.


Des manifestants et des blessés enregistrés

Le siège du RCD assiégé

Karim KEBIR, Liberté, 12 février 2011 / Comme lors de la manifestation du 22 janvier dernier, le siège du RCD a été assiégé hier en fin d’après-midi par les forces antiémeutes. Plusieurs dizaines de policiers ont été dépêchés sur les lieux pour contenir un rassemblement de citoyens devant participer à la marche d’aujourd’hui.

Selon des témoins sur place, les forces antiémeutes sont arrivées au moment où ces manifestants regroupés près du siège, entonnaient des slogans hostiles au régime et demandant son départ. “Pouvoir assassin”, s’égosillaient-ils. Craignant sans doute un effet boule de neige, les policiers ont contenu les manifestants à l’intérieur du siège du parti d’autant que d’autres groupes arpentant la rue Didouche n’ont pas manqué d’exprimer leur joie après l’annonce par les télévisions du monde entier de la chute du dictateur du Caire, Hosni Moubarak. Des échauffourées ont même failli éclater entre les manifestants et les policiers. Six manifestants ont été arrêtés tandis que d’autres ont été blessés, ont précisé ces sources.

À l’heure où nous mettons sous presse, la tension est toujours vive. Des camions antiémeutes sont dépêchés et sont stationnés non loin de siège.


Les algériens marchent aujourd’hui pour le changement

La démocratie, maintenant !

Nabila AFROUN, Liberté, 12 février 2011 / Les manifestants ont commencé à arriver depuis hier, par centaines, à la capitale afin de ne pas rater le rendez-vous de la marche pacifique. Ils espèrent pouvoir manifester librement, sans répression. Pour le changement. Pour la démocratie. Hier, à J-1 de la marche pacifique à laquelle la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) a appelé, un important dispositif sécuritaire – près de 30 000 policiers – a commencé à être installé dans les grandes artères de la capitale et devant les bâtiments officiels. En prévision de cette manifestation, des fourgons de la sûreté nationale, des voitures de police et des chasse-neige sont déjà sur place du côté de la place du 1er-mai, lieu du départ de la marche. Des éléments de la sûreté nationale, dispersés  dans la capitale, quadrillent les accès  au centre-ville et procèdent même à la vérification de papiers dans les gares routières et les stations de bus afin d’empêcher l’afflux des manifestants vers Alger. “Le plus grand déploiement de police sera installé durant la nuit, comme cela s’est fait lors de la dernière manifestation de janvier”, nous dira un habitant d’Alger-Centre.

Du côté de la coordination, qui a appelé à cette marche, rien n’est laissé au hasard et l’on se dit prêt. “Rien n’entravera notre décision de marcher pacifiquement à Alger. Les pouvoirs publics ont tout à gagner en nous laissant manifester librement. Au cas contraire, c’est au gouvernement et à lui seul d’assumer les conséquences de ses décisions”, a déclaré Me Ali Yahia Abdenour. Côté logistique, les membres de la coordination ont préparé, eux aussi, leur “artillerie”. Depuis des semaines, des appels à la marche pacifique ont été diffusés sur le web, des tracts ont été distribués à la population, des pancartes et des slogans ont été préparés par la commission technique de la CNCD. Si chaque organisation faisant partie de la CNCD est libre de choisir ses slogans, elle doit néanmoins respecter le mot d’ordre de la coordination qui se résume à la levée de l’état d’urgence, l’ouverture du champ politique et médiatique, l’instauration d’une réelle démocratie, la libération des détenus arrêtés durant les dernières émeutes et une justice sociale en Algérie. “Toutes les revendications et les slogans sont tolérés mis à part ceux qui appellent à la violence et à la récupération du mouvement”, a affirmé M. Sadali du Satef. Pour le comité national de la défense des droits des chômeurs, ses slogans sont déjà prêts. Ils réclament particulièrement le droit à un travail stable et une vie digne. “Ce n’est pas trop compliqué, nous revendiquons une vraie démocratie, une bonne éducation et un travail stable pour assurer notre pain quotidien”, a déclaré M. Samir Larabi, porte-parole du comité national de la défense des droits des chômeurs. En plus du mot d’ordre de la coordination, chaque syndicat, association ou autre organisation, scandera ses propres slogans. Il faut s’attendre également à entendre “Algérie, libre et démocratique”, le slogan fétiche des démocrates algériens, qui s’invite à toutes les actions de ce genre. Hier, la coordination mettait les dernières retouches et quelques détails liés à l’encadrement des manifestants afin d’empêcher les débordements. Tout cela devait être  discuté et finalisé hier soir, à huis clos, selon un membre de la coordination.  Les ONG, syndicats et partis politiques, ont également tenu des permanences au niveau de leurs sièges respectifs, afin d’accueillir les manifestants arrivant d’autres wilayas. Venus par bus, taxi, voire même par avion pour certains travailleurs, ils espèrent manifester pacifiquement aujourd’hui. “Nous sommes optimistes et nous espérons pouvoir marcher librement et sans répression aujourd’hui. Nous n’imaginons pas que les 30 000 policiers ont été déployés pour assurer notre sécurité”, ironise Lamine, un enseignant venu d’Annaba. Afin d’arriver à Alger, plusieurs manifestants ont dû changer d’itinéraire pour entrer dans la capitale. C’est le cas du jeune Takfarinas et de ses deux copains qui ont décidé de faire escale à Boumerdès, puis à Rouiba, avant de prendre un taxi et rallier Alger-centre où ils devaient se réunir avec d’autres étudiants. “J’ai dû faire tout un détour pour contourner les barrages et arriver enfin à la capitale, afin d’être au rendez-vous de la marche pacifique”, nous dira Takfarinas. Ils sont des centaines de manifestants, comme lui, à avoir fait le déplacement et à être hébergés dans des hôtels, chez des particuliers, ou encore à l’intérieur des sièges des ONG  afin de ne pas manquer le rendez-vous d’aujourd’hui.


Un impressionnant déploiement policier a été mis en place

La capitale en état de siège

Hacen OUALI, El Watan, 12 février 2011 / Alger est sous un quadrillage policier. Les principaux boulevards et carrefours de la capitale étaient, hier, sous haute surveillance policière en prévision de la marche populaire d’aujourd’hui, à laquelle a appelé le Coordination nationale pour le changement et la démocratie en Algérie (CNCD). C’est un véritable déploiement de la terreur. La ville était déserte, laissant les rues aux seuls camions à canon arroseur, fourgons cellulaires, Nissan et  policiers armés de kalachnikovs. Dès la matinée d’hier, des régiments de l’unité républicaine de la sécurité ont pris position à la place du 1er Mai, alors que d’autres engins de la police sont stationnés à l’entrée de la maison de la presse Tahar Djaout.

A quelques mètres, au boulevard Hassiba Ben Bouali, c’est un impressionnant dispositif de sécurité qui a été mis en place. Ainsi, tous les accès à la place du 1er Mai sont sous le contrôle des forces de l’ordre, dans la perspective d’empêcher les manifestants d’y accéder. Le spectacle est le même au niveau de la Grande-Poste où camions et fourgons de police ont pris position sur l’esplanade. En contre-bas, le jardin Sofia est réquisitionné par la police. Le déploiement sécuritaire est encore plus visible au niveau du siège de la wilaya d’Alger, aux alentours du Conseil de la nation. Il est d’autant plus considérable au square Port-Saïd et à la place des Martyrs à tel point que les citoyens se sentent sous l’état d’exception. «On dirait que nous sommes en guerre», a tonné un passant. En effet, c’est une «guerre» contre des Algériens qui ne veulent qu’exprimer pacifiquement leurs opinions sur une situation politique et sociale de plus en plus intenable. Sinon, comment expliquer cet étalage de la force. Même la rue Didouche Mourad, habituellement épargnée par ce genre de démonstration, était, hier, «bleue» par la forte présence policière.

Du Sacré-Cœur jusqu’ à la place Audin, des policiers à pied et en voiture font les allers-retours en scrutant toutes les ruelles. Sur les hauteurs de la capitale, la présence policière est également plus visible, notamment à El Biar, pas loin des bureaux du parti du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et en bas de la rue Souidani Boudjemaâ, non loin du siège du parti du Front des forces socialistes, où trois fourgons de la police contrôlent le carrefours menant vers El Mouradia. Le même dispositif est déployé aussi à l’entrée est de la capitale. Tout au long de l’autoroute est d’Alger, les barrages de la police sont renforcés. A El Hamiz, Bab Ezzouar et au Ruisseau, les postes de contrôle procèdent déjà au filtrage des véhicules en provenance des wilayas de l’est du pays. Au niveau du barrage «les Bananiers», un policier avec une caméra filme carrément les véhicules. L’on parle de plus de 25 000 policiers qui ont été mobilisés pour réprimer la marche à laquelle prendront part des partis d’opposition, des syndicats et autres organisations de la société civile.

Des régiments des wilayas limitrophes sont appelés à la rescousse. Le renforcement du dispositif de sécurité sera sans doute plus important aujourd’hui. Ainsi, le pouvoir actionne son appareil répressif comme seule réponse à une demande politique de la société. «Cela reflète la panique qui s’empare du pouvoir. Les précédents tunisien et égyptien font trembler le régime. Protéger Alger c’est sauver le pouvoir», a estimé le politologue Ahmed Rouadjia. Il a indiqué que «les gens au pouvoir ne réfléchissent pas et n’ont pas d’autre solution à proposer que la force brutale. Comme Ben Ali et Moubarak, ils ont un doctorat en matière de refus et d’aveuglement. C’est un régime qui doit mordre avant d’être mordu». De ce fait, la marche d’aujourd’hui sera un test difficile non pas pour l’opposition, mais pour le pouvoir. La chute de deux despotes, Ben Ali et Moubarak, par ailleurs deux amis de Bouteflika, donne des vertiges.


Place du 1 er mai - Place des martyrs

La marche de la liberté

Madjid MAKEDHI, El Watan, 12 février 2011 / La marche est maintenue et elle aura lieu. Les membres de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) sont déterminés à aller jusqu’au bout de leur action, malgré l’impressionnant dispositif policier déployé dans la capitale pour empêcher la marche d’aujourd’hui. «Le régime se donne en spectacle», déclare le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), Mustapha Bouchachi, en réaction à cet affolement des autorités à la veille de «la marche de l’espoir». «C’est aberrant ! Les autorités qui ont déploré les violences lors des dernières émeutes, viennent de mobiliser tous les policiers du pays pour empêcher une marche pacifique à laquelle a appelé un groupe d’organisations», dénonce-t-il. Selon lui, le régime algérien est démasqué. «Avec cette réaction, le régime démontre qu’il ne veut plus s’ouvrir et qu’il refuse la démocratisation de la société», commente-t-il.

Et d’ajouter : «Ils (les décideurs) savent qu’ils ne pourront plus continuer à gérer le pays de la même manière.» Pour le président de la LADDH, les membres de la CNCD et le peuple algérien sont décidés à marcher. «La marche aura lieu inch Allah (si Dieu le veut). Je lance un appel aux jeunes pour manifester pacifiquement et à ne pas répondre aux provocations», lance-t-il. Sur le même ton, le chargé de communication du Snapap, Mourad Tshicou, affirme que la CNCD poursuit ses préparatifs et ses membres sont décidés à investir la place du 1er Mai, d’où s’ébranlera la marche. «La mobilisation est au maximum. Les jeunes des quartiers d’Alger sont prêts à marcher», assurent-il. «Nous avons préparé les banderoles et les pancartes», souligne-t-il encore.

Intimidation et désinformation       

Les membres de la CNCD dénoncent, dans la foulée, le recours par le pouvoir à l’intimidation et la propagande pour empêcher cette action. Selon Mustapha Bouchachi, des militants de la LADDH et du MDS ont été arrêtés jeudi dernier pour avoir distribué des affiches appelant à la marche. «Jeudi dernier à Oran, 5 militants de la LADDH ont été arrêtés, puis relâchés. A Alger, des militants du MDS ont été également interpellés avant d’être remis en liberté», explique-t-il. Pour empêcher les citoyens de l’intérieur du pays d’arriver à Alger, explique-t-il, les policiers contrôlent tous les véhicules. Selon des témoins, les bus de transport de voyageurs venant de l’est du pays ont été refoulés.

Tous les moyens sont bons pour empêcher les manifestants d’arriver à la capitale. Outre les intimidations, les autorités ont actionné les médias publics et parapublics pour réduire l’ampleur de la mobilisation. Ces derniers n’ont pas cessé, depuis une semaine, de donner la parole à des organisations satellites qui se sont démarqués d’une action à laquelle elles n’ont jamais appelé. Interrogé à ce sujet, le chargé de communication du Snapap tire à boulets rouges sur Felfoul. «Les députés et les retraités de l’APN ne représentent pas le Snapap et il n’ont pas le droit de parler au nom des fonctionnaires», précise notre interlocuteur.


Récit d’une journée de manifestation à Alger

« Vous ne voulez pas qu'on marche, et vous ne voulez pas qu'on reste là ! »

Hakim AROUS, Tout Sur l'Algérie, 12 février 2012 / Pas de marche mais un rassemblement. Ce samedi, matin, la Place du 1er Mai était bien trop petite pour accueillir les Algériens qui ont répondu à l'appel de la CNCD. Pour la première fois depuis longtemps, on a vu réunis des jeunes des quartiers populaires et ceux de familles plus aisées, des militants de partis politiques, des intellectuels, des artistes. Tous étaient ensemble avec le même mot d'ordre : la fin du régime. Amazigh Kateb, porté sur les épaules des jeunes, a repris les slogans et les chants entamés par la foule. Ali Yahia Abdenour, 90 ans, figure emblématique de la défense des droits de l'homme, a joué des coudes pour rejoindre le rassemblement. Ali Belhadj, l'ex-leader du FIS, et quelques dizaines de ses partisans ont tenté de rejoindre la manifestation, avant d'être dispersés par la police.

Tout a commencé dès huit heures du matin, quand les premiers manifestants sont arrivés sur la Place. La police les attendait déjà de pied ferme. Très vite, elle tente d'embarquer les meneurs, dont des députés du RCD. « Oui j'ai été arrêtée, c'est un pouvoir inique, ils n'ont pas à nous empêcher de marcher dans la capitale », dénonce Leila Hadj Arab, députée RCD, devant des journalistes. A côté d'un des arrêts de bus près de la station service de la Place, un couple hurle sa colère. « On est là pour marcher pacifiquement. La rue nous appartient. Ils ont voulu nous enfermer à la Coupole, mais on n'enferme pas le peuple algérien dans une cage », disent-ils.

Pendant plus de cinq heures, les gens restent sur la place, debout. Certains débattent de l'avenir de l'Algérie, de la chute de Moubarak. La plupart reprennent les slogans en agitant des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Système dégage », ou « Système Out ». Sans répit, les forces antiémeute ont tout fait pour les disperser. Ils ont divisé en plusieurs groupes les manifestants du côté du boulevard Belouizdad et au niveau de la Place du 1er Mai pour éviter un effet de foule qui aurait permis à la marche de s'ébranler. On a vu également des policiers décourager les curieux en leur demandant de s'éloigner. « Vous ne voulez pas qu'on marche, et vous ne voulez pas qu'on reste là ! Il faudrait savoir ! », s’insurge une femme énervée.

 Pour les organisateurs, malgré l'absence de marche, la manifestation est un succès. « Les Algériens marcheront et reviendront autant de fois que nécessaire jusqu'à ce que le peuple algérien puisse vivre dans la dignité », a ainsi affirmé Said Sadi. Même chose pour Ali Yahia Abdenour, président d'honneur de la LADDH et sans aucun doute le vétéran de cette manifestation. Malmené par la police, il n'a rien perdu de sa détermination. « Nous ne retournerons dans nos maisons que lorsque la voix du peuple sera entendue », a-t-il assuré, avant d’annoncer de nouvelles mobilisations très prochainement.


Alger

Peur bleue

Saïd RABIA, El Watan, 12 février 2011 / Alger étouffe sous le déploiement policier. Jamais la capitale n’a connu une telle descente, une telle exhibition des forces de police, non pas pour rétablir un quelconque ordre, mais pour faire peur au petit peuple à la veille de la marche décidée par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD).

On ne savait pas qu’une manifestation pacifique, à laquelle ont appelé la société civile et des partis politiques, faisait autant peur ? Il n’est pas une ruelle à Alger qui ne soit quadrillée ! Une véritable démonstration de force qui donne plutôt une piètre image d’un pouvoir prompt à réprimer toute expression pacifique que de libérer la voie aux aspirations populaires. La manière avec laquelle il se prépare à réprimer la manifestation d’aujourd’hui le condamne plus qu’elle ne lui assure la survie. Mobiliser une vingtaine de milliers de policiers pour empêcher une marche sur laquelle on a parié qu’elle ne rassemblerait pas plus d’une centaine de personnes qu’on n’a pas cessé de vouer aux gémonies dans les médias publics n’est pas sérieux.

Plus qu’un refus d’admettre que les Algériens ont parfaitement le droit d’exprimer leur opinion ou leurs revendications de la manière qu’ils jugent utile pour peu qu’elle soit pacifique, les autorités s’enferment dans un entêtement pernicieux qui pourrait rajouter un supplément de pression à une situation déjà explosive. En témoignent d’ailleurs les émeutes qui éclatent un peu partout sur tout le territoire national, les immolations par le feu et les autres tentatives de suicide. Un pouvoir qui n’est pas interpellé par une telle situation, préférant esbroufer sur des mesures sociales aléatoires et optant pour la répression totale prend le risque incongru et périlleux de voir les événements le dépasser. Dans le désordre. Le pouvoir semble ne pas prendre la mesure du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe, en s’obstinant à ne pas se réformer après avoir remis en cause tous les acquis ou presque arrachés de haute lutte par les Algériens. Pour le bon sens, réprimer comme il se prépare à le faire aujourd’hui la marche d’Alger ne serait guère une solution contre une demande s’exprimant de manière pacifique et ordonnée. Plus qu’une urgence, répondre aux aspirations démocratiques formulées, comme cela n’a jamais été, par les Algériens est un acte patriotique.

Et plutôt que de bloquer l’avènement d’une alternative démocratique et de préparer le lit aux dérapages dont personne ne peut prévoir les conséquences, ce qui est le cas jusqu’à ce jour, les tenants du pouvoir devraient admettre que la manière dont a été géré le pays a atteint ses limites. Elle est même allée au-delà. Le couple prédation-corruption et répression a installé l’Algérie dans une précarité permanente. Alors, ordre ou désordre ?


EN DIRECT

Les manifestants de la place du 1er Mai se dispersent

El Watan.com, El Watan, 12 février 2011 / Des dizaines de manifestants arrêtés samedi matin à la place du 1er Mai à Alger, sont encore dans les commissariats. Hakim Addad, Salem Sadali du Satef, Idir Achour du Cla et des militants du MDS, de RCD et des jeunes manifestants sont toujours en détention à l'heure ou nous mettons en ligne (16h50).

15h45 : La police a réussi à disperser les manifestants de la place du 1er Mai. Une dizaine de jeunes ont été arrêté. Ainsi, se termine cette journée de manifestation de la coordination pour le changement. le mur de la peur a sauté et de nombreux jeunes ont montré leur volonté de faire avancer les choses. La coordination prévoit de tenir une réunion dimanche à la maison des syndicats, pour faire le bilan de l'action d'aujourd'hui et trouver les moyens de capitaliser la dynamique né ce samedi 12 février 2011. 70 arrestations à Oran et une trentaine à Annaba, selon la Ligue algérienne de défense des droits d 'homme en algérie (LADDA). 

15h30 : Une véritable chasse à l'homme à la place du 1er Mai. La police, qui a dispersé de façon musclée les manifestants, opérent  plusieurs arrestations. La police tente de chasser les manifestants dont le nombre ne cesse d'augmenter, mais c'était sans compter sur la determination de ces jeunes, qui ont réussi à reprendre le terrain. Les policiers et les manifestants jouent au chat et à la souris. Les groupes de manifestants changent bougent beaucoup pour ne pas être pris en tenaille par la police.

La place du 1er Mai occupée par les manifestants

14h00 : Plus de 2000 manifestants sont actuellement rassemblés à la place du 1er Mai. Ils occupent tout l'espace autour du jet d'eau. Les policiers bloquent la rue Hassiba. Certains manifestants proposent de passer la nuit sur la place du 1er Mai d'Alger. Les manifestants crient des slogans hostiles au pouvoir. "Ouyahia esserak" (Ouyahia voleur), "Echaab yourid iskat enidham" (le peuple veut la chute du régime), "mazalna mazalna thouar" (on demeure des révolutionnaires).  A constantine un rassemblement de jeunes a été dispersé par la police, une heure après son début.

13h30 : Le nombre de manifestants ne cesse de grossir. Des dizaines de jeunes, y compris ceux qui scandaient dans la matinée des slogans pro bouteflika, ont rejoint la place du 1er Mai où quelques escarmouches ont été signalées. 

12h40 : La foule grossit avec l'arrivée de nombreux jeunes manifestants criant "Bouteflika Serrak" (Bouteflika voleur)...

12h30 : Des centaines de manifestants sont toujours rassemblés à la place du 1er mai à Alger. Un imposant cordon sécuritaire les empêche de bouger. 

12h00 : Les manifestants, rassemblés en petits groupes, essaient tant bien que mal de contourner le cordon de sécurité. Chaque groupe tente de temps en temps de marcher, forçant les policiers à courir dans tous les sens pour les bloqué.

11h40 : Des dizaines de jeunes arrivent à la place du 1er Mai venant de la rue Hassiba, rejoignent les manifestants. Ils sont environ 2000 manifestants à se rassembler à coté de la pompe à essence, derrière le ministère de la jeunesse et des sports, à Alger.

11h30 : Des renforts de policiers arrivent à la place du 1er mai pour contenir les manifestants, qui tentent de forcer le dispositif.

11h20 : Les voyous rameutés pour la contre marche ont agressé Amazigh Kateb.

Les pro bouteflika continuent leurs provocations envers les manifestants. La police les laisse faire.

11h10 : Des centaines d'étudiants rejoignent les manifestants à la place du 1er Mai à Alger. A chaque fois que les manifestants tentent de forcer le cordon de sécurité, ils sont bastonnés et repoussés.

11h00 : L'heure prévue pour le début de la marche. Les manifestants sont toujours bloqués derrière le ministère de la jeunesse et des sports, à la place du 1er mai à Alger. D'autres arrestations sont opérées. Les députés du RCD arrêtés ce matin, on été relachés avant d'être une nouvelle fois arreté.

10h40: La situation reste très tendue à la place du 1er Mai, Alger. Les quelques "pro Bouteflika" postés face aux manifestants, multiplient les provocations à l 'encontre des membres du la CNCD.

10h30 : Said Sadi est bousculé par les policiers, qui bastonnent tout le monde sans distinction. 

Des jeunes, des voyous, selon des témoins, chauffés à blanc, scandant des slogans pro Bouteflika, foncent sur les manifestants, sous l'oeil des policiers, qui ont laissé faire.

10h20 : Les policiers chargent le groupe de manifestants. Des membres de la coordination sont arrêtés et d'autres tabassés. Fodil Boumala, Sadali du Satef, entre autres sont embarqués au commissariat. De nombreuses femmes aussi.

10h10 : Un groupe d'une vingtaine de personne s'est constitué en face des manifestants et commencent à crier des slogans pro Bouteflika. Une contre marche que les policiers laissent faire.

10h00 : Plus de 500 manifestants, pour la plupart des jeunes au cotés de Bouchachi, Ali Yahia Abdenour, Said Sadi et d'autres membres de la coordination pour le changement démocratique, sont rassemblés à la station de taxi derrière le ministère de la jeunesse et des sports. Les policiers ont cessé la matraque, tout en maintenant l'encerclement des manifestants. Des groupes de jeunes des quartiers environnants affluent vers le lieu du rassemblement. 

9h45 : Plusieurs personnes viennent d'être arrêtées, dont une journaliste de la presse étrangère, à la place du 1er Mai. Les coups de matraques pleuvent sur de nombreux manifestants. Personne n'est épargné.

Un autre député du RCD, Lila Hadj Arab, un journaliste Kader sadji, et une trentaine d'autres manifestants sont conduits au commissariat du 8eme arrondissement, à coté de l'hopital Mustapha.

9h30 : Environ 200 manifestants sont rassemblées derrière le ministère de la jeunesse et des sports. Ils sont encerclés par les forces anti émeutes, qui leur bloquent le passage vers la place du 1er Mai. 

9h20 : Said Sadi, Ali Yahia Abdenour et d'autres personnalités politiques et syndicales font leur apparition à la place du 1er mai. Ils sont immédiatement cernés par des policiers qui les empêchent de bouger. 

9h15 : Une cinquantaine de personnes arrêtées par des policiers devant l'hopital Mustapha et conduits au commissariat, parmi eux quatre députés du RCD, Aider Arezki, Mohcene bellabes, Tahar Besbes, Mazouz Athmane

Le siège du RCD à la rue Didouche Mourad encerclé par des dizaines de policiers.

Un trafic ferroviaire suspendu, des gares fermées, des bus au compte-gouttes, des barrages fixes installés un peu partout, une ciruclation routière perturbée, en ce samedi 12 février, Alger ressemble à un établissement pénitentiaire surveillé soigneusement par les sAervices de sécurité.  

Des les premières lueurs du soleil, des milliers de policiers ont pris d'assaut Alger et ses grandes artères. Les camions blindés et les 4X4 des forces de l'ordre ont quadrillé, dès les premières heures du matin, de nombreux quartiers à Alger. Cependant, le dispositif le plus impressionnant a été installé au niveau de la rue Hassiba Ben Bouali et la place du 1er Mai. 

Sur cette place qui devrait accueillir les manifestants pour donner le coup d'envoi à la marche, une centaine de policiers ont investi les lieux en arborant leurs boucliers et leurs batons. Si pour l'heure, les forces de l'ordre n'empêchent guère les citoyens de circuler au niveau de la place du 1er Mai, il n'en demeure pas moins que cette forte présence policière n'a pas manqué de susciter l'angoisse et la peur parmi les Algérois.

De leur côté, les militants et les organisateurs de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie affirment qu'aucune arrestation n'a été enregistrée jusque là parmi leurs rangs. "Nous nous attendions à un tel dispositif sécuritaire. C'est pour cela que nous avons adapté notre organisation pour passer entre les mailles des services de sécurité. L'appreil repressif de l'Etat ne mettra pas en péril notre détermination à marcher et manifester à Alger", confient plusieurs militants du Syndicat National autonome des personnels de l’administration algérienne (SNAPAP) et de la ligue algérienne de la défense des droits de l'hommes (Laddh).


LA MARCHE DU 12 FÉVRIER 2011 À ALGER

Organisée par la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie

En quelques photos de presse ( © El Watan, Le Matin, Tout Sur l'Algérie et autres...)

Appel à une marche populaire le 19 février à Alger

El Watan.com, El Watan, 12 février 2011 / La coordination nationale pour le changement démocratique en Algérie, qui s'est réunie dimanche à Alger pour faire le bilan de la marche repriméé, vendredi à Alger, a lancé un appel à une nouvelle marche pour le 19 février prochain. Elle s’est également entendue sur le principe d’une grève générale pour les prochains jours. Cette option devrait être en revanche décidée en concertation avec les différents partenaires sociaux. La coordination, qui a jugé que son action de vendredi a été plus que positive, veut élargir ses rangs à d'autres acteurs de la société civile. D'autre part les membres de CNCD compte mettre à profit la semaine qui commence, pour informer et sensibiliser les citoyens sur les enjeux du combat politique pour le changement démocratique en Algérie.


Une autre marche samedi prochain

La Coordination remet ça !

Madjid MAKEDHI,,El Watan, 12 février 2011 / Maintenir la mobilisation. Après l’empêchement de son action avant-hier, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) revient à la charge. Elle décide d’organiser une nouvelle marche, à Alger, samedi prochain. La décision a été prise à l’issue de la réunion des membres de la CNCD, hier à la maison des syndicats, à Alger. La manifestation suivra le même itinéraire que celui que devait emprunter la marche de samedi dernier et qui a été violemment réprimée par la police. L’idée d’appeler à une autre action est suggérée, dès l’ouverture des travaux de cette rencontre, par le président d’honneur de la Ligue algérienne pour les droits de l’homme (LADDH), Ali Yahia Abdennour. Prenant la parole en premier, ce dernier a, en effet, proposé des rassemblements hebdomadaires (chaque samedi) au niveau de la place du 1er Mai : «Je propose l’idée d’organiser des rassemblements chaque samedi jusqu’à ce que le peuple descende dans la rue. La révolution est dans la rue. Si nous décidons de nous réunir samedi prochain, il y aura plus du monde.» La proposition est soumise immédiatement à débat ; elle est acceptée d’emblée par les présents.

Au bout de plusieurs heures de discussions, parfois houleuses, ces derniers sont parvenus à un consensus et ont adopté, à main levée, la décision d’organiser une nouvelle marche. De plus, les membres de la CNCD se sont entendus sur le principe d’appeler à une grève générale, sans toutefois arrêter la date de cette action. «Il faudra d’abord mûrir cette idée et consulter le monde du travail avant de trancher», expliquent la majorité des intervenants. Afin de renforcer leurs rangs, les représentants ont également décidé d’ouvrir la CNCD à d’autres organisations et acteurs de la société civile qui souhaitent adhérer à cette action. Cette réunion a été également une occasion pour les membres de la Coordination de faire le bilan de la marche de samedi dernier et de relever les insuffisances en matière d’organisation. Bilan d’abord.

Les représentants des partis, des organisations et des personnalités faisant partie de la CNCD sont unanimes : «La marche a été une réussite sur la plan politique et médiatique.» Ils mettent l’accent en particulier sur l’importance de la mobilisation populaire suscitée par cette marche. «Malgré l’état de siège, des milliers de personnes ont manifesté samedi à Alger. Il n’y avait pas que 250 personnes seulement comme l’a affirmé le ministre de l’Intérieur. Rien que dans les commissariats, il y en avait plus de 300», notent-ils. Dans ce sens, les intervenants dénoncent la répression disproportionnée exercée contre les manifestants : «Plus de 30 000 policiers ont été mobilisés pour empêcher les gens de marcher dans la capitale. De plus, un élu de l’APC d’Alger a payé des jeunes pour provoquer les manifestants avec la bénédiction de la police.»  

Par ailleurs, les intervenants soulignent l’existence d’insuffisances d’ordre organisationnel qu’il faudra corriger lors de la prochaine action. En outre, les présents dénoncent «la désinformation et le traitement impartial de la dernière marche par les médias lourds, notamment l’ENTV».
Des journalistes de la Télévision nationale, venus couvrir pour la première fois une réunion de la CNCD, ont été priés de quitter les lieux. Cela a failli provoquer des mésententes entre les membres de la Coordination, puisque certains d’entre eux n’étaient pas contre la présence de représentants de l’Unique dans la salle. La CNCD a aussi dénoncé les contradictions des autorités concernant l’autorisation des marches à l’intérieur du pays. «A Oran, Annaba et Constantine, les manifestants ont été tabassés et arrêtés», remarquent-ils.


 COORDINATION NATIONALE POUR LE CHANGEMENT ET LA DÉMOCRATIE

 

 


 Les libertés en Algérie

Les grandes capitales préoccupées

Zine CHERFAOUI, El Watan,15 février 2011 / Après le département d’Etat américain, le Parlement européen et le ministère allemand des Affaires étrangères, c’était au tour, hier, du Quai d’Orsay de dénoncer la répression qui s’est abattue sur la société et d’appeler les autorités algériennes à respecter le droit de l’opposition d’organiser des marches de protestation aussi bien dans la capitale que dans les autres grandes villes du pays.

«S’agissant des manifestations organisées à Alger et dans certaines grandes villes, ce qui est important, à nos yeux, c’est que la liberté d’expression soit respectée et que les manifestations puissent se dérouler librement et sans violence», a indiqué le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero. La déclaration de M. Valero intervient près de 48 heures après la décision du gouvernement de réprimer la marche à laquelle avait appelé la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNCD), structure créée en janvier dernier à l’initiative de la LADDH et qui fédère autour d’un même mot d’ordre de nombreux partis politiques, des syndicats autonomes et plusieurs associations de la société civile. Le communiqué rendu public par le Quai d’Orsay est assez surprenant dans la mesure où, jusque-là, le gouvernement français, malgré la polémique assez violente suscitée par la loi du 23 février 2005 et les retombées négatives sur les entreprises françaises de la LFC 2009, a toujours compté parmi les plus fidèles soutiens du chef de l’Etat.

Cela y compris quand le pouvoir de Bouteflika avait procédé à un verrouillage sévère des espaces politique et médiatique. WikiLeaks, l’organisation de Julian Assange, a d’ailleurs révélé en janvier dernier que Paris a non seulement pesé pour faire en sorte que Abdelaziz Bouteflika s’offre un troisième mandat, mais joué aussi un rôle déterminant pour convaincre les Etats-Unis et les autres puissances occidentales de l’utilité de «garder» le chef de l’Etat au pouvoir. Cela quitte, d’ailleurs, à ce que ce maintien passe par une fraude massive. La tonalité du communiqué lu, hier, par Bernard Valero montre visiblement que la France n’est pas près de faire preuve de davantage de complaisance à l’égard de Abdelaziz Bouteflika. L’on sent, par ailleurs, le souci du Quai d’Orsay et, plus généralement, des autorités françaises de ne pas reproduire les mêmes erreurs de «débutants» que celles commises avant et pendant les révolutions tunisienne et égyptienne.

LA MÉFIANCE S’INSTALLE SUR LES INTENTIONS DE BOUTEFLIKA

La France aurait-elle lâché Bouteflika ? Pour l’heure, il est difficile de répondre par l’affirmative de manière catégorique. Néanmoins, force est de constater que les officiels français ne font également rien ces derniers temps pour consolider la position du chef de l’Etat. Et pour Abdelaziz Bouteflika qui a fondé, au plan interne, sa légitimité sur, justement, le soutien des grandes puissances, le recentrage de la position française et la dureté du message de Bernard Valero risquent d’être ruineux politiquement. Surtout qu’en filigrane, Paris considère que la promesse faite par le chef de l’Etat de lever l’état d’urgence et de permettre à l’opposition un plus grand accès aux médias lourds ne constitue pas une mesure suffisante pour parler de réelle ouverture en Algérie.

Pour les autorités françaises, la décision de M. Bouteflika – que le gouvernement s’est empressé de présenter comme la panacée aux problèmes du pays – n’est qu’une initiative qui doit en appeler d’autres. «Nous avons pris note de l’ensemble des décisions annoncées lors du dernier Conseil des ministres du 3 février en Algérie, en particulier la levée imminente de l’état d’urgence et l’ouverture du champ audiovisuel aux différentes sensibilités politiques. Ces mesures, dès qu’elles seront mises en œuvre, constitueront à l’évidence un pas dans la bonne direction pour répondre aux attentes du peuple algérien», a fait savoir à ce propos M. Valero. Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la sortie du porte-parole du Quai d’Orsay intervient 24 heures à peine après une déclaration de ses homologues américain et allemand. Des déclarations qui présentent toutes les caractéristiques d’une mise en garde. Le communiqué du département d’Etat présente néanmoins la caractéristique de s’adresser directement aux forces de sécurité : «Nous prenons acte des manifestations actuelles en Algérie et appelons à la retenue les forces de sécurité», a souligné dans un communiqué le porte-parole du département d’Etat, Philip Crowley.

LES SERVICES DE SÉCURITÉ, UN OBSTACLE AU CHANGEMENT

En langage diplomatique, le gouvernement américain ne fait rien d’autre que de mettre les services de sécurité devant leurs responsabilités et de les avertir des conséquences qui pourraient découler de leur décision de continuer à réprimer systématiquement les manifestations pacifiques de l’opposition. Connaissant leur poids dans le pays, les Etats-Unis considèrent-ils les services de sécurité comme un obstacle au changement ou, au contraire, comme un acteur en mesure d’aider à dépasser le statu quo actuel ? En s’adressant directement à eux, le département d’Etat américain suggère-t-il que le chef de l’Etat n’influe pas vraiment sur le cours des choses ? Il est possible aussi que le communiqué lu par Philip Crowley est destiné à dire aux services de sécurité de ne pas réprimer dans le cas où on leur demanderait de le faire. Mais dans les deux cas, Abdelaziz Bouteflika ne semble plus faire partie des calculs de Washington. Cela au contraire, peut-être, des services de sécurité qui sont souvent encensés pour le rôle stabilisateur qu’ils jouent dans la région. Les Américains qui, en d’autres termes, invitent explicitement les services de sécurité algériens à choisir leur camp dans cette confrontation qui oppose «la rue» au système Bouteflika, préviennent par la même occasion qu’ils «soutiennent les droits universels du peuple algérien, y compris les droits de réunion et d’expression». Et ces droits, disent-ils, «s’appliquent sur internet et doivent être respectés». Le département d’Etat a indiqué qu’il suivrait de près la situation.

L’attitude qu’adopteront les autorités tout autant que les services de sécurité durant la marche populaire qui aura lieu samedi prochain à Alger, à l’appel encore de la CNCD, nous permettra de savoir dans quel état d’esprit est actuellement le pouvoir et, surtout, comment il a décrypté les discours tenus sur l’Algérie par les grandes capitales occidentales. En attendant, les similitudes que présente la réaction française avec les réactions américaine et allemande renseignent d’ores et déjà que les arguments régulièrement brandis par le gouvernement pour justifier le verrouillage des champs politique et médiatique ne sont plus pris au sérieux à l’étranger. Pis encore, les déclarations des uns et des autres prouvent que l’Algérie, au plan des droits de l’homme et de la liberté d’expression, est regardée presque de la même manière que la Corée du Nord ou l’Iran. Bref, pour l’Occident, l’Algérie n’est rien d’autre qu’une dictature dotée d’une façade démocratique. Une façade bien abîmée, faut-il en convenir.

 

 


 ALGÉRIE, UNE PRISON À CIEL OUVERT...


 


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