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21 avril 2005
« Mohamed Boualem Benchicou, votre demande de mise en liberté conditionnelle est irrecevable », déclare le président de l’audience.
Le couperet est tombé.
La sentence du juge a mis fin aux espoirs de voir Mohamed Benchicou, journaliste
et directeur de publication du quotidien Le Matin, journal suspendu depuis le
23 juillet 2004, bénéficier d’une mise en liberté conditionnelle.
Espoir déjà brisé, en partie, par les deux peines, l’une
à deux mois de prison ferme et l’autre à trois mois, qui lui ont
été infligées par le tribunal d’Alger dans les deux affaires
de diffamation l’opposant, lui et quatre anciens journalistes du Matin, au ministre
de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, et au milliardaire émirati
Ali Al Shorafa. La demande introduite par ses avocats, en raison de la dégradation
continue de son état de santé, constatée par le médecin
même (généraliste) de la prison, s’est avérée
une peine perdue. D’aucuns ne s’attendaient pas à un niet, l’Algérie
n’ayant cessé de chanter, au plan international, l’humanisme. Humanisme ?
C’est sur cette valeur intrinsèque enracinée dans le cœur des
Algériens que le collectif de la défense a fondé son espoir
d’arriver à obtenir la mise en liberté conditionnelle de son mandant.
« Nous sommes venus vous demander de faire sortir Benchicou, en tant
que simple citoyen condamné par votre juridiction, en liberté
conditionnelle. Car un simple citoyen dans son état de santé actuel
ne peut rester en prison. Son bras droit est touché par une arthrose.
Nous sommes inquiets pour sa santé. C’est ainsi que nous attendons un
jugement habituel et normal de la demande d’un simple citoyen qui présente
à la justice toutes les garanties nécessaires », a
plaidé Me Miloud Brahim. « L’infirmerie de la prison a tout
fait pour l’aider. Mais, malheureusement, les moyens dont elle dispose sont
limités », a souligné Me Benarbia, sollicitant l’esprit
humanitaire de la présente instance. De son côté, Me Hanoune
a rappelé la valeur intellectuelle de Benchicou, le journaliste, en évoquant
sa grande plume. Me Bourayou s’est demandé devant le juge pourquoi son
mandant est traité différemment. « Si on ne fait rien
pour l’aider, son état de santé risque d’arriver à un point
de non-retour », a-t-il alerté. Le procureur, quant à
lui, a accepté que Benchicou soit hospitalisé dans un hôpital
public, tout en incombant la responsabilité de cette procédure
au médecin de la prison. Il récuse, en revanche, la demande de
sa mise en liberté conditionnelle. Le collectif d’avocats assurant sa
défense attend de prendre connaissance des motivations de cette décision
du juge pour, éventuellement, user des voies de recours légales.
Ayant appris la sentence de la cour d’Alger, le Comité Benchicou pour
les libertés s’élève avec vigueur contre ce verdict qualifié
d’« infâme ». « Cette décision
est inhumaine, car elle prive Mohamed Benchicou d’avoir accès aux soins
spécialisés nécessaires pour les multiples pathologies
dont il souffre en milieu carcéral », est-il écrit
dans le communiqué rendu public hier, avant d’ajouter qu’il s’agit là
d’une « preuve que le directeur du Matin est la cible d’une justice
d’exception ». Le comité compte tenir une conférence
de presse demain avec le collectif de la défense de Benchicou.
