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Farès Babouri Le voyageur

anib10.gif Son blancas palabras

anib10.gif Le singe et le crocodile

anib10.gif Et je pense à toi...

anib10.gif Tolle

anib10.gif Me sera-t-il jamais de te retenir ?

anib10.gif Prends de mon levain

anib10.gif Je nouerai ton sourire

anib10.gif Au premier jour de la solitude

anib10.gif Je me suis souvent demandé

anib10.gif Je t'aimerai...

anib10.gif Je regarde une petite enfant

anib10.gif J’habille l’absence de promenades

anib10.gif Anvers

anib10.gif Lettres à ma mère

anib10.gif Lacrimosa

anib10.gif Oubli

anib10.gif Les embruns des jours

anib10.gif Dis ?

anib10.gif Je porte ton visage

anib10.gif Un jour le jasmin gronda la rose

anib10.gif Perpétuel appel des sables dorés

anib10.gif Pars comme tu veux

anib10.gif Ô Liberté

anib10.gif Je sais ce que fut l’étoile

anib10.gif A un prisonnier

anib10.gif LE JARDIN D'ALCOVE

anib10.gif Photo de Farès Babouri

anib10.gif Le site web de Farès Babouri


LE VOYAGEUR

J’ai longé la ville des lumières,

J’ai couru à travers ses veines,

Je me suis si souvent arrêté

Pour contempler le motif

Etrange

Sur le front d’yeux

Noyés dans d’inextricables mensonges.

Je vais de ponts en ponts :

J’aime me retrouver au milieu de l’eau

Sans être touché

Mouillé

Drossé

Comme une algue enchevêtrée.

 

Je cherche le miroir

D’un  certain lieu

D’un certain visage

Mais l’eau glauque

Et les lumières coupantes de la ville

M’empêchent d’aller au devant de ma

Quête.

 

Je gémis sans pleurer

J’interprète l’acédie du cadre sans miroir

Je ferme les yeux

Et imagine ma quête :

L’œil est sans fond

Je fuis ma demeure si paisible

Alors qu’à l’autre rive règne le tumulte des espérances.

 

Je vois un saule pleureur

Se prosterner à l’aube de l’automne

J’oublie le miroir noyé

dans l’oubli

des choses possédées

et que l’on possèdent point.

 

Veux-tu un masque ?

Veux-tu un miroir ?

Me demande une voix venue des dunes lointaines…

 

La route est longue

La route reste à mesurer

Sous l’incise de l’oiseau

Terrestre

Aux pattes embourbées.

 

Non, je n’ai pas le droit

Au repos, à la fusion,

A l’effusion de ma peau

Je ne suis qu’un voyageur

Les matins obombrent les soirs

Les soirs bombardent les matins

Je dois m’en aller retrouver mes pas

Sous l’égide des migrations temporelles

Et de la transhumance de la mémoire.

 

Voici une gare

Mais je n’attends nulle voiture

Mes os supportent l’égarement

Des paysages d’autrefois

Car pour aller vers demain,

La porte d’hier s’impose.

 

Les vigiles barbelés

Dénoueront mon mendil

Pour goûter au secret

De ma galette

Et du palimpseste de mes jours

                              -qu’ils me reprocheront d’ailleurs

                               car, disent-ils, il faut se méfier

                               du voyageur sans bagage !

 

dans cette ville où l’on faisait ses

ablutions avant d’entrer,

on ressortait les mains sales.

 

Dans la plaine, les épis se prosternaient

Maintenant le béton s’érige

Laid

Il se macère

Dans le blasphème.

 

Ils me demandent le pourquoi

De mon départ.

L’étreinte des jours, dis-je…

Un égaré, donc, tu es

Celui qui se dérobe à la terre

Celui qui vend sa terre

A l’étranger.

 

Comment vendrais-je cette terre

Puisque je ne l’ai jamais possédée ?

Je l’ai foulée

Je l’ai nourrie de mes larmes

Je l’ai couvée de mon corps.

 

Cette terre de mes ancêtres

Nous a été prise

                  Reprise

Nous étions ses vicaires

Nous étions ses esclaves

Mais jamais nous ne l’avions

                                      Possédée.

Cette terre m’a éructé

Comme elle vomit les os des absents.

Cette terre anthropophage

Qui croque les os de ses fils…

 

Pourquoi tant de questions

Après tout cela ?

 

Les vigiles barbelés

Dénouent mon mendil

Croquent ma galette

La terre vient de reprendre ce qu’elle m’avait donné.

 

Je ne suis qu’un voyageur

Je n’ai pas le droit à la rancune ;

Elle est une herbe amère et parasitaire !

 

J’ai le souvenir maternel

D’une main jetant l’eau derrière

Moi

« Va comme l’eau

                  et

                              reviens comme l’eau. »

Mais le sable dans l’eau

Etrangle

La clepsydre trotteuse.

 

Dans ces contrées,

La clepsydre devient sablier

L’eau devient sable

La salive, morve.

 

Me laissera-t-on

Aller sur la distance éternelle

Après ce réquisitoire

                                mi-erg

                                mi-reg ?

 

Je regarde les maisons squelettiques

Au loin,

Et mes vigiles barbelés

mi-faux,

mi-squelette zombie.

Me somment de partir

Me donnant un coup sur le dos

Comme une bête de somme.

 

Peu importe la blessure

Lorsqu’on est sûrs de notre rêve !

 

Je reviendrai un jour ranger vos faux,

Je reviendrai un jour ronger vos fonds !

 

Aller,

J’ai tout mon temps,

Et je suis pressé sur la route

De l’opuntia

Entre erg et reg

Ma nef doit avancer

Avec un peu de nerf et de nif

Je parviendrai

Car je suis un voyageur

Du temps opalin.

 

Les saisons dégorgent sans jouissance

                                    Sans saveur

Dans ce pays…

 

Je dois rattraper le retard

de la nuit

je n’ai pas de gares

je n’ai pas de repos.

 

Je parcelle

Ma galette rassise

A la sueur de mes os.

 

Je dois survivre

Pour vivre.

Mes sandales sentent déjà

Le santal d’aubes claires

Mais la route est encore

                                        Longue,

Langue permise enfin dans mes soliloques sahariens

Je ravive mes ancêtres

Dans des alphabets

Que je doigte dans les cendres.

 

Je couvre le feu

Et rouvre ma route

Demain reste à faire…

 

Je ne suis qu’un voyageur

Qui retrousse les distances

Et qui essaie de raccommoder les âmes errantes.

Je me souviens de portes restées béantes

Jours et nuits

Dans la dissonance de mon enfance.

Je me souviens du pain partagé avec

Le voisin

Le voyageur

L’errant

Et même le distant…

 

Je me souviens des mains anonymes

Qui caressaient les petites têtes

Et des seins anonymes aussi

Offerts à l’onomatopée enfantine.

 

Je me souviens des belles plages

Qui ravissaient l’œil

Et enchantaient le cœur en mal de mer.

Oui, vous pouvez dire que je suis

Nostalgique

Voire même fou

De croire à ce faste d’antan.

N’est-ce pas pour cela que je défie

Le voyage

Et le temps ?

 

Je cherche un lieu

Où confier ce qui me reste à vivre,

Un lieu où les miroirs

Ne se brisent pas, où ils ne sont pas mangés

Par des yeux cupides et faucheurs.

 

Je ne suis qu’un voyageur…

 

Je sais que l’on dit

Que je suis fragile comme les jours à venir.

Or, on ignore que je ne suis qu’un voyageur

Dont les ailes sont mutilées

Et qui s’arrête à toutes les gares

Pour boire de mes yeux

Ces rails tentaculaires

Et dormir dans la caresse des départs.

Mais qu’importe les départs :

          Au son du sifflet du Temps

          Tous se ressemblent !

 

 

Je ne suis qu’un voyageur

Que le velours des montagnes

Et la mer lascive abandonnent

Dans un défilement voilé et furtif.

 

Non, je ne veux pas être rude.

Je n’appelle pas être forgé

Le fait de vivre parmi les puanteurs

Des mots et les exactions du hasard.

Car le hasard n’existe pas ;

Même les miracles n’existent pas.

Je sais de quoi je parle

Moi qui ne suis qu’un voyageur.

 

Je sais que l’on dit

Que je suis rude

Puisque je viens de briser des croyances.

Je vois déjà

Comment ils fendent ma voie

Et désertent mes yeux.

 

Je ne sens plus mes pieds…

Non, je ne vais pas me reposer.

Je ne suis qu’un voyageur

Non pas une épitaphe

Sur le front de la Vie.

Allez-y, partez, vous qui m’avez accompagné

Jusqu’ici,

Au questionnement de mon voyage.

Vous pouvez vous en aller ;

La nuit tombe, et on vous attend.

Moi, je ne suis qu’un voyageur

Et personne ne m’attend

Ou peut-être :

Des visages sans regard

 

Parmi les ombres bouillonnantes

De mirages lointains

Toujours au-devant des ballasts

Qui s’ouvrent sur ma peau.

Il y a aussi cet ailleurs

Que j’élève dans ma mémoire

Pour ne point mourir de chagrin

Et que je salue de mon orgueil,

De mon rêve et de mon désir.

 

Je ne suis qu’un voyageur

Comme une rivière qui se donne

A l’ambition de la mer.

Je veux renier ce voyage

Car je ne comprends pas

Les errances de mes yeux

Et les promesses de la Solitude.

 

Vous pouvez vous en aller,

Il se fait tard sur la route des jours.

Non, ne craignez rien pour moi,

Je suis un voyageur ;

Ce sont les autres qui devraient me craindre.

 

Ce que je crains ?

Je crains la Vie.

 

La vie est un rêve

Où seul celui qui a les yeux

Ouverts

Se lève.

Où celui qui les a fermés

Au réveil, il crève

 

Et la Mort ?

Non, c’est la Vie qu’il faut craindre

Parce qu’elle nous échappe

Lorsque nous désirons l’étreindre.

Quant à la Mort,

Nous l’étreignons toujours,

Jusqu’à l’étreinte finale.

De plus, la Vie n’est que le commencement

De la Mort

Qui, elle-même, est un commencement

D’une vie.

La Mort est probablement

L’unique poitrine contre laquelle nous voudrions

Etre blottis

Eternellement.

La Mort est l’apaisement

Du fracas de la Vie.

 

Et la Solitude ?

La Solitude est le pain quotidien

De celui qui voyage

Dans la quête de la Vie.

 

La Solitude n’est pas l’effilochage de la foule,

C’est le sentiment qu’a l’hirondelle

En rasant les eaux-hématomes

De la mémoire.

 

Et la Mer ?

La Mère ou la Mer ?

Peu importe

Elles sont toutes deux celles qui nous bercent

De leur grandeur.

Lorsque j’évoque la Mer

Je pense à ce qui est Vie,

Et donc, à cette génitrice qu’est une maman.

Une maman est la première des choses

A laquelle nous songeons

Quand la Mort frappe à la porte.

C’est une autre appellation

Du jardin édénique

Qui se trouve sur terre.

C’est une larme dans laquelle

Nous nous mirons pour laver

Nos cœurs échinés de tant de mal-amour.

 

Trop d’eau dans les yeux

Me rappelle la mer….

Une mer entre turquoise et perse

Parfois comme celle du Nord

Parfois glauque

Quand ma vie s’évanouie

A l’ombre du minaret

Muet…

 

La mer ulule ses embruns,

L’écume profite du ressac

Pour retourner au large

Mangé par le ciel bas.

La mer,

oubli présent

au crépuscule des étés

et des automnes.

 

Du haut de cette montagne

Que je n’escaladerais peut-être plus

Je vois s’éteindre l’horizon.

A mes pieds,

Les petits cercles de l’éphémère

Me rappellent la pluie

Dans un pays lointain

Qui est pourtant le mien.

J’avais les pieds nus

Et le visage trempé de l’hiver.

 

Par cette prière qui m’accompagne !

Par ces visages à moitié clos !

Par la promesse du printemps !

Je veux m’allonger

à ras la mer

et voguer

voguer

Pour m’unir à l’eau

Dans une ronde blanche

Et aromatique.

 

Et l’Exil ?

C’est une pluie dans les dunes asséchées

Des sentiments.

L’Exil, c’est ce qui nous mène, nous ramène

Jusqu’aux choses que nous quittons.

Il nous renvoie

A la fureur des miroirs

Dans lesquels nous refusons

De nous voir.

 

Mon ami,

Le voyageur est un éternel exilé

Du Temps éthéré.

L’Exil est l’expression du rejet

De l’arc par la flèche.

 

Ce sont tous ces départs précipités

Alors que nous voulons rester.

 

Et l’Attente ?

Ah, l’Attente !

Mais elle n’est qu’un exil inconscient.

 

L’Attente

Construit toujours son temple

Sur les rivages de l’Amour

Dans la psalmodie des ressacs,

Des flux et reflux

Du temps et du contre-temps.

 

Aussi,

L’Attente nous apprend-elle

A ne plus attendre…

 

Et l’Amitié ?

L’Amitié doit être le préambule

De tout amour.

Le début et la fin de tout commencement.

Quand vous aimez, n’aimez que par amour ;

Qu’on vous le rende ou pas,

Vous êtes aimés deux fois.

 

Allez, partez. Il se fait tard.

Mon voyage recommencera

A la limite de vos talons

Car je ne suis qu’un voyageur

Recherchant mon épitaphe

Avant de me verser dans le tamisage

De la terre.

Le Destin décidera

Si mon voyage sera court ou long.

Je ne puis désormais décider

De ma prochaine station

Parce que ma station est intermédiaire

Entre le poussiéreux et le stellaire.

C’est un ordre que seuls les humbles atteignent

Dans le Royaume de Dieu.

 

Que cet utile ou inutile voyage

Me mène jusqu’à Toi, ô mon Dieu,

Pour me reposer enfin dans Ta Lumière.Retour


 

Son blancas palabras

Que el corazon escribe

En la negra tinta de los pensamientos

Sofocadas…

            Prisioneras de un laberinto.

En los ojos tàn solo

Se pueden leer

Incomprensibles

              Por demasiada luz.

Blancas, infinitamente

Escondidas tras cada estrella.Retour


 

LE SINGE ET LE CROCODILE

Un jeune singe ayant été maltraité,

Prend la route du bois de l’éternité.

Il mange des bananes assis sur l’arbre

Au-dessus de la rivière macabre.

 

Le singe jette les épluchures de son fruit

Qu’un crocodile ramasse goulûment, puis

Dit qu’il ne peut s’agir que d’un ami.

Il émerge et voit un singe ébahi.

 

Très vite, le crocodile noue amitié,

Et le singe veut oublier son passé

Loin des chasseurs, des méchants, des altiers,

Rejoint le crocodile sans y penser.

 

Un jour, la rivière devient menaçante :

La fille des abysses est agonisante ;

On la promet à qui la délivre.

Le crocodile à cela est ivre.

 

L’unique remède est bien le cœur d’un singe,

Alors le crocodile réfléchit, songe

A son ami dans un simple subterfuge :

Il y a une fête au fond, je te laisse juge.

 

Nous sommes conviés à la fête de la belle.

Peut-être serait-elle éprise de toi, bel

Ami qui m’avait donné à manger,

Qui m’avait accepté sans préjugés.

 

A mi-chemin, le crocodile annonce

La pure vérité avec nonchalance.

Sans crier, sans avoir peur, sans singer,

Le singe dit : « Mais tu aurais pu songer

 

Que nous les singes nous suspendons nos cœurs

Aux arbres pour mieux profiter de l’heure.

Si tu me raccompagnes à la surface,

Je t’offre mon cœur, je le jure par ta face.

 

Certes, je le ferai pour t’offrir la belle.

Et pourquoi ne le ferais-je ? Tu es l’aile

Qui m’a portée, qui m’a bercée un jour

Alors que je fuyais un passé lourd. »

 

Arrivé là-haut, le singe fait la belle :

« Je crois tu as suspendu ta cervelle !

Il ne faut, je te conseille mon ami,

Jamais mordre la main qui nous nourrie ! »Retour


 

ET JE PENSE A TOI…

Je regarde un enfant somnoler dans les bras tatoués de son père,

Et je pense à toi.

 

Je vois un couple se verser l’un dans l’autre dans l’épanchement des sentiments en urgence,

Et je pense à toi.

 

Dans la place des jets d’eau, des enfants jouent au ballon dans l’insouciance solaire de leurs jours,

Et je pense à toi.

 

Je croise un regard, des regards qui dénudent mon cœur avec la bénédiction de ton absence,

Et je pense à toi.

 

J’entends le cahotement des ballasts de la solitude quand le métro me prend sourdement,

Et je pense à toi.

 

Dans ma venelle, je me souviens des senteurs épicées de boissons lointaines,

Et je pense à toi.

 

Je rentre à la maison pour murer la stérilité de mes os, je me jette sur le lit creux,

Et je pense à toi.

 

Je prends un thé à la menthe, soudain ma bouche devient fraîche par le souvenir de tes baisers,

Et je pense à toi.

 

Lors de la prière du soir, je nomme ton nom demandant à Dieu l’éternité de nos yeux,

Et je pense à toi.

 

Je feuillette un livre dans l’écholalie de ta rencontre,

Et je pense à toi.

 

La nuit anesthésie mes paupières endolories de tant de larmes,

Et je pense à toi.

 

Dans l’ozalid de mes rêves, tu es un miracle découvrant ma peau,

Et je pense à toi.

 

Au matin, le rideau se lève sur ton soleil,

Et je pense à toi.

 

Je vois, dans la rue, des mains s’enchevêtrer dans le rassasiement des sentiments,

Et je pense à toi.

 

Des corps s’arrachent à l’intersection des départs,

Et je pense à toi.

 

Je contemple ému la statue se tenant le visage –je ne sais si c’est de douleur ou de honte- j’essore une larme,

Et je pense à toi.

 

Dans le ratinage de la solitude, des voix me parlent d’une mer glauque, d’une mère qui ratifie l’absence,

Et je pense à toi.

 

Sur le chemin du retour, des regards s’entrechoquent, des mains miment le désir dans le manquement de toi,

Et je pense à toi.Retour


 

TOLLE

J’ai une montre qui ne fait pas de bruit

Au carrefour du Temps.

Tiens, prends-la…

 

J’ai des cartes postales

Qui lavent les yeux ubiquistes des exilés.

Tiens, prends-les…

 

J’ai une galette et des olives noires

Qui rassasient le nomade.

Tiens, prends-les…

 

J’ai un livre séricigène

Qui pave les lendemains.

Tiens, prends-le…

 

J’ai des larmes libertines

Qui étanchent l’âme.

Tiens, prends-les…

 

J’ai le cœur en forme de pont

Que je jette à tes pieds.

Tiens, prends-le.Retour


 

ME SERA-T-IL JAMAIS DE TE RETENIR ?

Je suis demeuré fidèle à un souvenir

Tel le lichen sur l’écorce d’arbres pourris

Qui jettent leurs ombres sur l’herbe brune, ombres nourries

De mirages des ans où je me suis vu mourir.

 

J’ai regardé et le corps et l’âme du miroir

Et le souvenir avait un goût de poussière.

Mes cils endoloris y jettent leur dernière pierre,

Pour te pleurer comme on pleure ceux qu’on ne peut voir.

 

Je suis plus près de l’exilé, près du Pôle Sud

Quand je te sais loin de mes larmes, loin de ma peine,

Loin des folies soudaines qu’enfante la solitude.

 

De mes dents, j’excave le Verbe pour donner vie

Car, au bord de cette torture, tu es mon silence

Comme tu fus ma parole, mon temps et mon essence.

Je veux ton Verbe. Que l’espoir soit assouvi.

 

Me sera-t-il jamais de revenir aux lieux

Maintenant en lambeaux qui ont vus mon amour ?

Me sera-t-il jamais possible de voir le jour

Pour encore mieux te revivre et voir mieux ?

 

Me sera-t-il jamais de retenir les brides

De ton amour et t’offrir cette coupe pleine ?

Me sera-t-il possible de vaincre ma lassitude ?Retour


 

Prends de mon levain

Ce qui est nécessaire à ta table

Et de là, de mon dedans,

Prends ce qui peut

Te rappeler l’odeur des orangers

Et des jasmins.

 

Prends de mes larmes

Le diacritisme de tes lettres

Pour qu’enfin ton chant soit plein

Comme les arabesques des papillons.Retour


 

Je nouerai ton sourire

Dans un coin de ma mémoire

Pour le humer pendant les jours crépusculaires.

Je romprai le jeûne avec sa lactescence

Et étancherai ma soif avec la cassure des larmes.

Je me jetterai dans la rime de ton regard

Entre le minaret de tes iris et l’alcôve de ton âme

Pour répudier la solitude

Et te dire :

                   C’est ici que je veux vivre,

                   Sur la dune pastel de ton cœur.Retour


 

Au premier jour de la solitude

La caresse n’est plus un remède

Et le vent de la peine

Ne peut faire avancer la nef égarée

Oui, on meurt et on tue

Ailleurs qu’à la guerre

 

Du haut des remparts de cette ville,

La mémoire clame le glas

Des perpétuelles illusions :

Finir vient avant de commencer…

 

Les infirmes des coups reçus avant de naître

Pleurent dans tes yeux,

Terre d’asile,

Permanence de l’absent,

Les impossibles lendemains…

 

Par le nom de la mère

Qui jadis caressait nos cheveux,

Je t’offre le pain et le parfum

De chercher à deuxRetour


 

Je me suis souvent demandé

Comment meurent les libellules

D’ennui,

Au matin,

Les ailes tournées

Contre le soleil pathétique.

 

Non, les libellules n’ont pas d’ailes

Au moment du déploiement de l’aube…

 

Je me réveille insensible

Aux rêves ailés de la nuit,

Et je vois cet autre

Allongé comme le sommeil.

 

Je me lève et me jette

Quelques larmes sur le visage,

Et entre une prière évidée

Et un café dévidé,

Je prends la rue à mes pieds

Laissant cet autre

Allongé comme le sommeil.

 

Je traîne dans la rue

Prostituant mes yeux

Avec les éclaboussures de la vie.

Mais mes yeux sont vides

Comme les rails du chemin de fer

Au seuil de ma ville,

Et mon cœur est sans vie

Car j’ai oublié

De me réveiller                                               Ce matin.Retour


 

JE T’AIMERAI…

Si tu me laisses le temps

D’avoir le temps

De me regarder en toi,

Je t’aimerai.

 

Si tu ne fomentes pas l’Attente

Dans l’oubli de moi

Derrière le voile de l’indifférence,

Je t’aimerai.

 

Si au lieu de m’exiler dans tes départs

Tu m’exiles dans ton cœur

Et me peuples de toi,

Je t’aimerai.

 

Si tu es l’autre aile

Pour équilibrer l’Amour

Dans son expression céleste,

Je t’aimerai.

 

Si tu oublies ta soif

Pour étancher la mienne

Comme moi j’oublie ma vie pour diaprer la tienne,

Je t’aimerai.

 

Si comme les fleuves

Tu te jettes à la mer

Pour la retenir pour moi,

Je t’aimerai.

 

Si un jour tu me fuis

Pour me chercher

Et me retrouver,

Je t’aimerai.

Je t’aime.Retour


 

Je regarde une petite enfant

Courir sur cette pelouse

Et de ses pas incertains,

Elle tombe et se relève,

Retombe et se relève.

 

Je pense à l’incertitude de mes certitudes

Et la certitude de mes incertitudes.

Je me vois alors parcellisé

Titubant comme cette petite enfant

Dans les couloirs de la vie.

Je tombe dans le provisoire

Et me relève.

Je retombe dans l’improvisation

De l’attente

Puis me relève.

 

Je sautille sous l’apparence d’un papillon

Aux couleurs gaies

Dans l’attente de ma nuit

Pour me faire papillon de nuit

Et graviter autour du feu.

 

L’enfant tombe et se relève,

Je tombe et rêve

De ce qu’il y a derrière ce feu.Retour


 

J’habille l’absence de promenades

Improvisées

Macérées dans des éclairs de rencontres.

Mes mains éclosent

Sur l’attente barbelée

Et saignent de mille doutes.

Le cavalier qui jaillit de derrière l’aloès

Est et n’est pas moi.

Car mon âme est partie

Au-devant du temps

Pour bercer le jardin meurtri.Retour


 

ANVERS

Souviens-toi d’Anvers

Comme la pourpre lumière qui se déverse

Dans l’horizon que renverse

Le cœur qui aime et qui pleure.Retour


 

LETTRES À MA MERE

1

Encore un matin aux senteurs

De melon

Sur la place des stridulations du cœur.

 

Encore un soupir

Un soupir qui ressemble

Au galop d’un poulain euphorique

A la vue du cavalier de la nuit.

 

Encore un embarquement

Sur les rails nervurés de la vie

Dont les tunnels poussent le cœur dans l’abîme

Et le soleil dans l’ombrage du doute.

 

 

2

Je porte le masque de l’illusion

Pour tromper la rumeur en mouvement

Et de peur d’émouvoir la légèreté

De mes peurs.                                                                                                                                                                                                                                                                                Mutilé de naissance, je suis

Et sur la dalle blême, le sablier

De mon cœur s’est fissuré.

 

Le soleil éclaté

Voile la prairie

Et mes mains ambiguës ne veulent renoncer

A ce linceul camphré qui me racle le visage et le cœur.

 

 

3

La nuit hante mon sommeil

J'ouvre mes persiennes

Pour accommoder ma peur

à la clameur du jour qui vient

 

Puis viennent les chevaux du ciel

Avec leur lot entêté

D'images écorchées et de poèmes

Aquatiques

Je mêle mes mains aux mains

De ma mère et balbutie

La litanie du retour

 

Ton corps las et frêle est là

Et je pleure l'instant suivant

Où l'appel de la terre

T'arrachera à mes pleurs

 

Chaque nuit

Je suis prêt à t'attendre

Car j'attends

Toujours devant mes mains tremblantes

Et émues de tant d'absences

De ton absence.

 

Ce soir, je préparerai un couscous

Aux œufs et aux fèves

Et dans la lactescence du verre que je boirai

Je baratterai mes larmes sulfureuses

Qui auront le goût des oliviers

Où je t'ai laissée étendue.

 

 

4

Les amandiers dans le jardin de Bougie ne fleurissent pas encore, ne fleuriront pas

Peut-être jamais, peut-être un jour

Puisque nous sommes, ma mère, fidèle à cette

Absence que tes yeux ont voulu.

Tout est douleur et exil

Même les pigeons rasant les minarets,

Ni les minarets sur la foi ébranlée

Des jours et des mains vides.

Regarde, regarde ce qui reste sur la place

De jadis,

Rien : pas même les platanes

Pas même les tréteaux sur lesquels je lisais des vers

Libres de sens.

Même le bois sacré est devenu

L’asile de l’anarchie et des pierres perdues.

Les chemins sont brouillés, la poussière dérange notre horizon.

Ta caresse, ma mère, sur mes cheveux

S’estompe sous le battement de mes cils endoloris.Retour


 

Lacrimosa 1

Je ne saurai jamais taire

cette litanie qui ronge

ma vie

ni reprendre la route

du voyage estompé.

 

Si étouffante est la musique

que le soir joue

au détriment du jour qui n'attend

et qui n'attend point....

 

La rivière qui coule ne me renvoie que la zébrure du Moi, et le lit où je vais me coucher est défait de tant de cahotements et de chaos des os...

 

 

 

Lacrimosa 2

 

Enfance

Regrets

douceurs des mains qui fouillent

mes cheveux.

Indifférence du soleil

Face au retournement de la terre

qui autrefois était nourrice

maintenant                           matrice

 

Je suis juste l'instant d'avant

qui ne connaîtra pas le jour d'après

juste une larme qui se jette sur la joue endolorie

et qui meurt sur le menton des regrets.

 

Front bas

de n'avoir pas su...

 

 

 Lacrimosa 3

 

 

Si lourde est la vie

Aux attaches du soir

Les ans ont des liens

De souvenirs et de rêves.

 

Au bout de la route vide

Il ne reste que le courage

Et la symphonie de l’Envol…

 

 

 

Lacrimosa 4

 

Mon vœu est écrit sur une pierre

Jetée au fond de l’eau.

 

Ma vie n’est que cette quête :

Aller, aller au loin,

Au fond

Entre le roc et les flots

Entre la lumière et l’ombre.

Puis, une fois trouvée

Je pose la pierre à ma tête

Pour qu’enfin

Je me repose

Et que la pierre devienne

Tombale.

 

 

 

Lacrimosa 5

 

 

-          Est-ce que la mort prend les êtres qu’on aime ?

-          Non. Puisqu’ils sont à jamais présents en nous !

-          A jamais vivants en nous.

 

 

 

Lacrimosa 6

 

Une voix parmi les pins maritimes me dit :

Si la lumière du soleil te fait défaut,

Marche à la lumière de la lune.Retour


 

OUBLI

Un enfant est tombé

Quelques larmes

plus loin

il rit au soleil éclatant…Retour


 

LES EMBRUNS DES JOURS

Mer,

Blessure béante

Ressac

Acéré.

 

Mer,

Mer retirée des galets

Où l’enfant ne peut se tenir debout,

Seul,

Seul entre la lactescence

Ephémère

Des vagues insistantes

Et le diadème des galets qui ceint le rivage.

 

Mer,

Je t’appelle la revenante

Celle qui est là

Et qui n’est pas là.

Mer,

Embruns des jours

Eclatés

Pulvérisation des iris

Dans la mémoire de l’aveugle

Qui tâtonne

L’ici et l’ailleurs

Pour ne pas mourir

Face au miroir des parfums

De jadis

De toujours.Retour


 

DIS ?

Dis, les vendanges de demain

Se font-elles à l’ombre des mots

Et des disparités des mains ?

Ou au rythme des éructations d’un ru

Qui perd son amont ?

 

Dis, pourquoi y’a t-il deux cadrans

Dans la majesté du Temps

Un qui dit oui, un qui dit non ?

Pourquoi au menu de l’amour

Y’a-t-il toi et moi ; et puis l’autre qui attend ?

Pourquoi la doxologie de l’Amitié

Parle de toi et moi, et puis de l’autre qui attend ?

 

Dis, l’Homme, est-il fait

D’eau et de poussière quand sonne

L’heure des alliances trahies ?

 

Dis, pourquoi n’y a-t-il point de réponse sous etsur ce silence

Où j’entends tes mots croisés

Et tes désirs ?

 

Pourquoi aux moments de constants frémissements

Egayés par les charmes languissants

De l’automne naissant

Tout à la gloire des jardins publics

Et dans l’attente de l’effeuillage de nos citadelles,

Il n’y a ni toi ni moi ?Retour


 

Je porte ton visage

Sur le mien

De telle sorte que les tulipes de Flandre

Viennent s’exiler dans mes iris.

Lorsque les colverts clament le grain

C’est dans le canal de Damme

Qu’ils trouvent refuge.Retour


 

Un jour le jasmin gronda la rose :

Tu as perdu les pétales, ma belle !Retour


 

Perpétuel appel des sables dorés

De l’enfance,

Voix unique puisque reconnue

Parmi l’écholalie des fleurs

Et la symphonie des pierres.

 

Voilà l’enfant à fleur des vagues

Tendant sa poitrine au soleil

Intime

Rêvant de jardins couleur de la mer

Aux senteurs de girofle et de cannelle.

 

Voici l’homme à fleur de peau

Rêvant de mer couleur de terre

Tendant sa poitrine

Aux effluves du pain et du levain.

Et, le perpétuel appel des sables

Le rapproche du sein lointain

De l’enfance ;

                                     Alors, il espère

                                           Et vit. Retour


 

Pars comme tu veux,

Dérobe-toi comme tu le désires,

Sois comme ce parfum

Que tu m’offrais

Présent et absent

Ou tel ce rêve que je n’habite

Que le temps que j’ai les yeux fermés.

 

Pars comme cette musique en arabesques

Qui se meurt au loin

De la danse de l’âme.

Les orchidées

Et les géraniums

S’inclinent sous le dialogue du lierre.Retour


 

Ô Liberté

Toi qu’on a coulé dans du marbre,

Ta flamme n’illumine ni ton âme

Ni celle des opprimés…Retour


 

Je sais ce que fut l’étoile

Du matin,

Elle est venue pour moi

Dans le ciel du soir.

 

J’ai reconnu son sourire…Retour


 

A UN PRISONNIER

                                                                                   Pour M. Butterfly

J’ai lu dans tes yeux

Les énigmes des fleurs

Qui fleurissent à fleur

De peau.

J’ai vu la verticalité de tes jours

Sur tes paupières voilées

Et les désirs affolés

Dans les tribulations de tes mains.

 

Dans tes rêves,

La chambre noire ronronne dans ta mémoire,

Le papillon redevient chrysalide

Pour mieux se poser sur le roseau naïf.Retour

Farès Babouri


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