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ELECTIONS LEGISLATIVES 2012

       

MOHAMED BENCHICOU

La légitimité, cinquante ans après...

Mohamed BENCHICOUMohamed BENCHICOU, Le Matin Dz, lundi 07 mai 2012 / Qu’entend-on d’autre, dans le souffle désespéré de dirigeants suppliant leur peuple de participer à son propre rabaissement, que le soupir agonisant d’un pouvoir illégitime ?

Á les écouter, Bouteflika et son premier ministre, l’année du 50e anniversaire de l’indépendance, implorer le peuple d’aller voter, comment ne pas y voir toute la face noire et repoussante d’une persistante illégitimité et, au-delà, de leur désespoir d’une indépendance qu’ils n’auront pas su construire ? Il y cinquante ans pourtant, le 1er juillet 1962, il n’était pas besoin de les supplier, ces Algériens qui, pour avoir été de vieux cadavres brusquement rappelés à la vie, exprimaient, avec une si mémorable exubérance, le besoin d'affirmer leur existence et approuvaient, dans une légendaire unanimité, le référendum pour l’autodétermination.

Ils votaient, et c’est tout. Ils votaient pour un rêve. On vote toujours pour un rêve. Voilà qu’un demi-siècle plus tard, il faut donc les adjurer, ces Algériens, les prier, les conjurer, les angoisser, les effrayer, les menacer, oui les menacer de toutes sortes de calamités, le chaos, l’islamisme, la crise, le désordre ou, pire, l’ingérence étrangère, pour les conduire à l’urne ! Mais quoi ? Auraient-ils cessé d’être rappelés à la vie, ces citoyens désabusés qui cessent, par enchantement, de croire aux enchantements ? Ou n’est-ce, plutôt, la grisâtre sensation d’être redevenus un peu cadavres sous le règne de ceux-là qui, de feu Ben Bella à Bouteflika, se sont donnés comme nos juges, tantôt comme délégués de Dieu, tantôt comme les héritiers des colonels ? C'est que de la mascarade du 10 mai, Bouteflika et son premier ministre ne redoutent pas la défaite, puisque, l’un comme l’autre, n’envisagent nullement de quitter le pouvoir, le premier comptant anoblir son petit frère, le second espérant se faire anoblir par ses vieux pères. Ils ne craignent que l'abstention, seulement l'abstention, cette marque infâme de l’impassibilité populaire qui passerait en boucle dans les télévisions occidentales et qui révèlerait, aux yeux du monde, un misérable pouvoir solitaire.

Dans le timbre pathétique de leurs implorations, résonnent cinquante années de faillite. Qu’entend-on d’autre, dans le souffle désespéré de dirigeants suppliant leur peuple de participer à son propre rabaissement, que le soupir agonisant d’un pouvoir illégitime ?

On fêtera le 50e anniversaire de l'indépendance comme un demi-siècle d'un intime bonheur, intime et fugace, quand s'enracinait sur cette terre si longtemps obscurcie, chez tant d’hommes silencieux, une idée furtive de la lumière, avant que n’y retombe cette maudite pénombre qu'il faudra bien abolir, comme la première, en exigeant, comme tout peuple de ce siècle nouveau, d'être jugés par nos juges naturels. C'est pour bientôt.

Source: © Le Matin Dz, lundi 07 mai 2012



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