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ELECTIONS LEGISLATIVES 2012

       

ELECTIONS LEGISLATIVES 2012

Les ruses de guerre

Le président Abdelaziz BouteflikaAli BAHMANE, El Watan, mercredi 09 mai 2012 / Pour amener les Algériens à se rendre jeudi aux urnes, Bouteflika était à la corvée, hier à Sétif, un éreintant bain de foule et un épuisant discours pour un homme qui a perdu l’habitude de la harangue. Mais au détour d’une phrase hors texte se devinait peut-être la lassitude d’un homme qui aurait (finalement) compris qu’il est désormais hors course et que le système qu’il a construit, avec sa génération, a mené le pays dans une impasse : «Ma génération est finie», a-t-il lancé. Sauf à penser que Bouteflika met en jeu une nouvelle ruse de guerre, tentant d’amadouer les électeurs algériens en leur faisant croire que le système est agonisant et qu’il faut l’émergence de nouvelles générations, celles précisément qui s’affronteront demain pour les législatives.

Cette hypothèse est la plus plausible au vu de la personnalité et du jeu du chef de l’Etat : ne rien lâcher de fondamental, replâtrer le système, faire du neuf avec du vieux. Son obsession, aujourd’hui, est le sauvetage des législatives, colonne vertébrale de sa politique dite de réformes élaborée au lendemain des émeutes qui ébranlèrent le pays en janvier 2011. Une politique qui repose sur l’émergence d’une nouvelle Assemblée, le 10 mai, devant réviser la loi fondamentale de 1976 et baliser le terrain pour la présidentielle de 2014 dans laquelle il sera partie prenante soit à travers un quatrième mandat ou par le biais d’un homme qu’il sponsorisera.

Dès ce moment-là, il apparut vite là aussi qu’il s’agissait d’une ruse de guerre. Bouteflika cherchait à gagner du temps sur les révoltes arabes et sur les énormes tensions sociales. Il trouva la parade en cédant à nombre de revendications économiques et salariales. Des milliards de dinars furent mobilisés à cet effet. Au plan politique, la mise sur pied d’une commission nationale dite de dialogue devait entretenir l’illusion d’un vaste débat démocratique. Elle ne fut même pas préservée du réflexe du recours systématique à la répression contre les tentatives populaires de recourir à la rue dans les grandes villes. Puis Bouteflika affina clairement son jeu lorsqu’il fallait doter ses réformes d’une batterie de textes. Les lois sur les partis et les élections consacrèrent la primauté de l’administration, donc du pouvoir en place. Les textes portant sur l’information et les associations furent régressifs et liberticides, au point d’émouvoir les organisations internationales.

Le rapporteur spécial de l’ONU a jugé regrettable le retour en arrière dans le domaine de la liberté d’association en limitant leur périmètre d’action et leur accès au financement. La loi sur l’information fit du métier de journaliste un métier à haut risque pénal. Il n’en suffisait pas plus pour jeter le discrédit sur les élections législatives du 10 mai, discrédit alimenté par la drôle de campagne électorale qui a vu déferler une armée de sigles de partis constitués pour l’écrasante majorité à la va-vite, sans militants, sans programmes, avec l’espoir de se voir propulsés, par le hasard ou le coup de pouce du pouvoir, dans l’hémicycle du boulevard Zighout Youcef. Tout ce que les autorités ont fait et défait durant plus d’une année n’a pas réussi à éloigner le spectre de l’abstention, arme suprême aux mains de la population pour dire son mot : le rejet systématique et sans appel du système et de tous les clans qui l’ont porté à bout de bras. Il n’y aura que la fraude qui pourrait faire des Algériens des votants en masse.

Source: © El Watan, mercredi 09 mai 2012



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