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INTEMPÉRIES EN KABYLIE

       

Quand la solidarité citoyenne remplace la responsabilité de l’État

Abdenour AbdesselamAbdenour Abdesselam, universitaire / Durant toute la période des neiges abondamment tombées sur les montagnes de Kabylie, j’ai vécu une amère réalité qu’aucun démenti, le plus sophistiqué politiquement, ne peut contredire ni même absoudre, l’état de n’être pas venu au secours d’une population déjà lassée par les discours creux, fantaisistes et de circonstance. Ce n’est certainement pas une simple visite/feinte officielle qui couvrira cette réalité. Habitués au délaissement, les montagnards font confiance à leurs ressorts traditionnels.

Ils ont réussi, seuls, à défier lanature et ses acharnements climatiques. Ces villages, ces tribus de Kabylie perchés sur chaque colline donnent l’impression de ne chercher qu’à survivre et qu’à se subvenir. Mais en réalité l’ensemble s’ouvre sur un mode de vie réglé sur des mécanismes d’un fonctionnement social ancestral combien encore plus que jamais valable. Très tôt cette organisation sociale a inspiré bien des idéologues dans leurs recherches de modèles de gouvernance alors que nos politiciens, colonisés d’esprit et complexés par le mode occidental, jettent sur ces tribus un regard restrictif chargé d’arrière-pensées dévalorisantes. Hanoteau et Letourneux notent dans Les Coutumes kabyles, publié dans les années 1860 et en observations préliminaires ce qui suit : “L’organisation politique et administrative du peuple kabyle est une des plus démocratiques et, en même temps, une des plus simples qui se puisse imaginer. Jamais, peut-être, le système de self-government n’a été mis en pratique d’une manière plus complète et radicale. Jamais administration n’a compté un nombre aussi restreint de fonctionnaires et n’a occasionné moins de dépenses à ses administrés. L’idéal du gouvernement libre et à bon marché, dont nos philosophes cherchent encore la formule à travers mille utopies, est une réalité depuis des siècles dans les montagnes kabyles. Là, en effet le peuple est tout et suffit à tout…”  Le mot tribu n’a pas ici le sens péjoratif habituellement donné par moult dictionnaires. La tribu dans ce cas précis a valeur et sens d’un ensemble harmonieux et socialement cohérent. Le schéma d’organisation de la tribu kabyle est contraire à l’isolement individuel induit par l’urbanisation moderne inhumaine. La vie en groupe prime sur celle des individus et la seule notion que ces montagnards ont du pouvoir est la notion de service de la société. Ce mode d’organisation social repose sur la solidarité et la dévotion à l’intérêt de la communauté comme critère privilégié de la citoyenneté. Et pour cause, ce mode du vivre vient de fonctionner encore efficacement dans cette tourmente hivernale faite de terribles tempêtes de neige. La solidarité des citoyens a sauvé d’un péril certain bien des vies humaines. Encore une fois l’État n’est pas venu au secours de ses administrés gravement menacés par un périlleux  froid polaire. Tout porte à croire que cette absence étatique est une démonstration de plus de sa logique historique à ne faire que démanteler les structures sociales de cette citadelle d’harmonie pour mieux la contrôler plutôt que de la servir de droit et de devoir. Il y a eu, malheureusement, bel et bien non-assistance à personnes en danger.

Source: © Liberté, mardi 13 février 2012



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