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INTEMPÉRIES EN KABYLIE

       

Le gouvernement emmuré dans son ordinaire inhumanité

Le Dr Mahmoud BoudarèneLe Dr Mahmoud BOUDARÈNE / Depuis deux semaines, des régions entières souffrent des intempéries qui se sont abattues, avec une rare intensité, sur notre pays. Territoire essentiellement montagneux, la Kabylie est, plus que toute autre région, durement éprouvée par les neiges. Les citoyens sont livrés à un froid glacial, à l’isolement et à la spéculation sur les prix du gaz et des produits alimentaires.

L’économie locale, déjà en situation de fragilité, est mise à mal. Les petites entreprises-qu’elles soient agricoles, industrielles ou dans les travaux publics et le bâtiment-, qui font vivre de nombreuses familles ont subi, pour certaines, des dégâts considérables et sont en danger.

Pour autant, la détresse qui s’est emparée des populations ne semble pas avoir réveillé de sa léthargie le gouvernement qui continue de « vaquer à ses occupations », comme si la catastrophe qui vient de s’abattre sur une grande partie du pays lui était étrangère. Et si les responsables locaux, les élus-notamment les présidents d’APC auxquels il faut rendre un hommage appuyé-, et les citoyens ont vite pris la mesure de la gravité de la situation et ont réagi avec « les moyens de bord », l’Etat central a, quant à lui, fait preuve d’une inhumaine indifférence. Le dernier conseil des ministres-présidé, faut-il le rappeler, par le chef de l’Etat-en est un exemple édifiant.

Le président de la République, son premier ministre et les membres du gouvernement ont totalement ignoré le désespoir de la population. Alors que les citoyens et leurs biens étaient en danger, la situation exceptionnelle que vivaient ces régions n’a même pas été évoquée dans cette réunion. Quant à l’inscrire à l’ordre du jour… Quand bien même, l’article 24 de la loi fondamentale de notre pays rend « responsable l’Etat de la sécurité des personnes et des biens ». Une obligation constitutionnelle qui n’est pas respectée par les plus hautes autorités du pays. Quant à manifester de la compassion et de la solidarité, un dû dans de telles circonstances… Je suppose qu’il faut être en possession de la dose d’humanité nécessaire.

Cet événement, pour grave qu’il soit, a eu le mérite de montrer les limites structurelles de ce gouvernement et son incapacité à répondre avec pertinence et efficacité à des situations de catastrophes naturelles. Chacun a, déjà, eu à le constater, notamment à l’occasion des inondations de Bab El Oued, des séismes de Chlef et de Boumerdès… Des expériences, des drames, qui n’ont pas été utiles puisque les leçons n’ont pas été tirées.

Une incompétence flagrante mais aussi une incurie criminelle. Naphtal-une entreprise qui ignore la prévision-n’a pas été en mesure d’anticiper la pénurie et d’assurer l’approvisionnement en gaz butane des populations en proie à un hiver rigoureux. Cette entreprise, qui vient seulement de se rendre compte qu’elle a un grave déficit en bouteilles à gaz, a fait un appel d’offre pour acquérir les composants pour en fabriquer. La gestion « après coups », l’improvisation. Une honte pour ce géant des hydrocarbures qu’est la Sonatrach et un déshonneur pour notre pays.

Le peuple algérien, en particulier les personnes qui souffrent présentement des effets funestes des intempéries, auront remarqué que leur dramatique situation n’a pas eu la résonance attendue au sein des institutions de la République. L’Etat a continué à se préoccuper de son souci de l’heure, les élections législatives. Les ministres sont préoccupés par leur destin personnel, comment succéder à soi-même sur le fauteuil? Ils sont inscrits dans la logique d’amener les citoyens à voter « en masse ». Un casse-tête et, aujourd’hui, le principal objectif. Mais ces derniers, les citoyens, sauront, sans doute, se souvenir, le moment venu, de ce manque d’empressement des ministres à venir à leur secours, quand ils sont dans la détresse et le désespoir…

Le mécontentement et la colère de la population sont légitimes. Ils le sont d’autant plus qu’elle est livrée-en prévision des élections à venir et sous prétexte de lui venir en aide-à de honteuses manipulations politiciennes. A ce titre, il est difficile de ne pas percevoir, dans la démarche du ministre de la santé-venu, il y a quelques jours, au CHU de Tizi Ouzou, pour la cinquantième fois aurait-il fièrement annoncé-la volonté de « faire de la politique » sur le dos de la population locale. Il est venu avec des médicaments, comme si ceux-ci pouvaient pallier la grave pénurie en gaz butane et en denrées alimentaires dont ont souffert les citoyens de la région. Il n’est pas venu pour exprimer un quelconque soutien de l’Etat à l’endroit de la population mais plutôt pour « faire l’aumône à des indigènes ». Voilà comment s’exprime la solidarité des membres du gouvernement… par la manipulation. La meilleure attitude à adopter pour hypothéquer une possible participation aux élections à venir, en tous cas une façon de rendre définitif le divorce entre le citoyen et les pouvoirs publics. A moins que ce ne soit le but recherché…

La situation est entrain de s’apaiser. Le froid s’éloigne et la neige fond. Les citoyens de la région-qui ont fait preuve de sang froid, de responsabilité et de solidarité-vont faire le bilan des dégâts. L’Etat serait bien inspiré-et c’est de son devoir-de montrer sa disponibilité et d’accompagner les familles victimes de la catastrophe dans la reconstruction, en faisant notamment bénéficier les localités éprouvées du statut de zones sinistrées. La moindre des choses…

Source: © http://docteurboudarene.unblog.fr, jeudi 16 février 2012



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