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INTEMPÉRIES EN KABYLIE

       

LE PRIX DE LA FRONDE

La Kabylie isolée

Le prix de la fronde. La Kabylie isolée.Ce n’est pas tant les intempéries qui m’amène à écrire, mais plutôt le comportement de nos responsables locaux et à travers eux le régime algérien face à la détresse du "peuple de Kabylie". Isolés dans les neiges mais pas seuls ! Un "ras le bol" général d’une population longtemps désabusée. Cet épisode démontre une fois de plus la situation sinistre de toute une région et de tout son peuple. Des citoyens bloqués, des routes impraticables et des écoles fermées, manque d’eau potable, de denrées de base, de médicament aux personnes âgées, de soins aux malades, de gaz et d’électricité – impossible même de charger son téléphone. Cette image qui circule sur le net où des jeunes assis sur le plateau d’un tractopelle tenant un malade enroulé dans un matelas en vue d’une hypothétique évacuation vers un centre de soin montre aujourd’hui, comme hier, comment ce peuple est isolé, marginalisé, réprimé, méprisé…, elle montre également tout l’intérêt que leur porte le pouvoir central. Situation émouvante où les citoyens ne cessent d’interpeller les "pouvoirs publics" et les "pouvoirs publics" refusent de les écouter, bien au contraire ils alimentent la rancœur avec l’anathème en plus, nous dit-on. Allant vers la provocation : envoyer des engins, déblayer des régions où il y a à peine 20 cm de neige et où sont déployés de gros moyens. Cette situation semble refléter une politique ingénieusement conçue par le pouvoir au lendemain de l’indépendance allant toujours dans le sens du contentieux avec à cette région et avec ce peuple, une attitude revancharde héritée de la guerre 54-62.

Les représentant locaux sont tenus par des Kabyles toute étiquette politique confondue, ils montrent leur incompétence et leur allégeance à trouver des solutions d’urgence, leur inaptitude à l’empathie tout court. Ils oublient qu’ils sont élus par le peuple qu’ils doivent servir et protéger. Ces "élites" ne témoignent d’aucun bon sens ni même d’aucune éthique. Il est d’autant plus déplorable qu’ils sont réduits à exécuter des ordres venant de leur hiérarchie et comme cette dernière est toujours hostile à la Kabylie, ils se trouvent alors, piégés et ou asservis ; dans un face à face suscitant de l’irrévérence et la critique. Ces élus locaux pensent naïvement qu’ils sont dépositaires d’un pouvoir de loi, mais en réalité ce sont des pantins au service d’une politique qui les avilissent, au service d’hommes qui les asservissent et surtout au service des idées qui ne sont pas les leurs. Le peuple a raison de malmener ces "caïds" même si parfois on a l’impression de tirer sur des ambulances. Qu’ils quittent alors le pouvoir – celui qu’ils n’ont jamais eu en réalité - qu’ils démissionnent en masse, qu’ils rendent les clefs à leur patrons et reprendre la marche, la longue marche, avec leur peuple car ils ignorent les tenants et les aboutissant d’une telle tragédie humaine. Comme disait Coluche dans "la galerie des cons", "autant j’suis pas là pour dire du mal des cons quand ça se voit, autant on va pas parler des cons sans faire un détour par les militaires…". Sinon, on demeurera encore longtemps dans cette ignoble équation où les uns ne peuvent espérer mieux puisque leur plan marche à merveille avec la bienveillance de nos kabyles de service et les autres, nous autres kabyles, ne doivent compter que sur eux (nous) même. Les liens de solidarité qui ont toujours caractérisé les kabyles doivent être plus que jamais une constante et une source d’inspiration, c’est ce qui fonde les raisons d’espérer. Ces liens de solidarité, hérités de nos ancêtres, doivent être réactivés par la mise en place de chaînes d’entraides impliquant nos commerçants et nos chefs d’entreprises locaux, par une organisation des citoyens quartiers par quartiers et villages par villages ; nos médecins par la mise en place de stages de secourisme incluant la pratique de l’accouchement d’urgence, nos ingénieurs, nos architectes et nos techniciens pour faire face aux problèmes liés aux accidents domestiques électriques et de gaz (intoxication au monoxyde de Carbone notamment), aux dangers des effondrement des habitations, ou encore aux accidents liés aux avalanches de neige en haute montagne… La Kabylie a besoin plus que jamais de ses personnalités publiques qui eux n’hésitent pas à sollicité les populations à chaque fois qu’ils ont besoin d’un auditoire, d’une tribune ou d’une scène. c’est se prendre en charge et se rendre le quotidien moins rude puisque l’état algérien s’y refuse.

Ce n’est pas tant les attitudes guignolesques de nos chers "élus" qui offusquent le plus, ce sont les limiers de l’état algérien : c’est avec eux qu’il faut rompre tout court. Car, après avoir exercé une répression linguistique et culturelle sans nom, depuis l’indépendance, bannit maintenant la Kabylie de tout développement économique, détourné des projets et truffé le pays Kabyle de vrais faux islamistes, exacerbé le banditisme et brulé les forêts dont les oliviers séculaires sous le prétexte de la lutte antiterroriste. La Kabylie espère-t-elle un geste d’assistance ? NON. Avec ces scénarios concoctés dans les labos "à la stalinienne", il est clair que le moindre geste d’humanité est inespéré. Il faut désormais compter sur soi et rien que sur soi, et ceux parmi nous autres Kabyles qui vivent dans le déni doivent se rendre à l’évidence et faire le deuil d’une vraie démocratie.

Le peuple est soumis à un régime politique illégitime, n’en déplaise aux nombreux Kabyles qui y ont cru en Bouteflika. Un pouvoir qui instrumentalise le jeu démocratique et qui bafoue les droits de l’Homme notamment en Kabylie en 2001 faut-il encore le rappeler. Tous les Kabyle savent qu’un pays géré toujours par le même personnel politique par la force et dans la violence, avec une seule langue et un seul livre est une dictature. Ils savent également qu’un état gouverné par une poignée de dégénérés qui se répartissent plus de la moitié des richesses du pays est une oligarchie. Les Kabyles doivent surtout savoir qu’ils n’ont rien à attendre de cette caste d’un autre temps, car l’Algérie ne manque pas de devises, ni de moyens pour faire face à quelques dizaines de centimètres de neige, elle ne manque pas non plus d’hommes et de femmes capables d’apporter des solutions d’urgence comme, entre autre, la mise en place d’un plan ORSEC pour la Kabylie ou encore d’hôpitaux de campagnes pour secourir les population et agir dans de telles conditions, mais ce n’est pas dans leur plans, ils ne trouvent aucune raison d’y penser même si le taux d’imposition des Kabyles est des plus important du pays. Nous n’y sommes pour rien, c’est la faute à la neige ! Ne diront-ils non point par petitesse d’esprit mais plutôt par ironie.

Un pouvoir rusé capable, de paraphraser sur le droit et la justice à longueur de journée, d’entretenir une façade démocratique depuis plus de vingt ans, de se soumettre à l’exercice de l’alternance par des combines et de petits calculs d’épiciers – FLN versus RND ; RND versus FLN ; Ouyahia versus Belkhadem, Belkhadem versus Ouyahia -, d’étouffer dans l’œuf toute velléité de changement, de traquer, de stigmatiser, d’intimider, de compromettre, de corrompre par coup de milliards les âmes sensibles n’est pas un pouvoir à prendre à la légère. Il n’a que l’unique souci de veiller sur lui-même : les dispositifs sécuritaires mis en place durant les marches de protestations ou encore les chasse-neiges qui fourmillaient pendant le massacre de 2001 en sont une preuve irréfutable. Alors, nous sommes depuis toujours liés à ce totalitarisme par des liens pervers où la victime et son bourreau font semblant de pratiquer l’exercice du "vivre ensemble" … dans l’harmonie.

Cet épisode neigeux est révélateur encore une fois de la nature du pouvoir central envers un peuple qui refuse de marchander sa dignité, mais aussi de ce que nous sommes aux yeux des autres – aucune solidarité régionale ni en 2001 ni durant ces intempéries -. Il est grand temps pour nous d’analyser de façon sereine nos rapports au sein de la communauté dite "nationale" et de faire le point, le bilan de notre parcours depuis la fin de la guerre pour éventuellement trouver des raisons de continuer à croire en une Algérie indivisible. Pour cela, il va falloir d’une part repenser la Kabylie et d’autre part exercer la politique, celle qui servirait d’abord notre survie et nos intérêts.

C’est une question éminemment politique.

Mestafa G’idir
A
ix-en-Provence, le 10 février 2012

Source: © Tamazgha.fr, mardi 14 février 2012



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