«Je n'ai plus de nom, de prénom, rien que des pseudonymes. Les patronymes que je m’attribue sont fonction de l’employeur. Je suis turc, arabe, berbère, iranien, kurde, gitan, cubain, bosniaque, albanais, roumain, tchétchène, mexicain, brésilien ou chilien, au gré des nécessités. J’habite les lieux de ma métamorphose. Les langues importent peu. Il suffit de connaître les mots du dictionnaire des esclaves : travail, pas de travail, porter, laver, gratter, (…), manger, payer, silence, se cacher, se taire. » Hamid Skif in La Géographie du danger

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 HAMID SKIF 

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Décès du poète, journaliste et écrivain algérien Hamid Skif

Le poète, journaliste et écrivain algérien, Hamid Skif, l’auteur de La Géographie du danger, est décédé vendredi à 5h du matin dans un hôpital de Hambourg (Allemagne), des suites d’une longue maladie. Il allait avoir 60 ans dans quelques jours. Il sera rapatrié cette semaine à Alger.

Hamid Skif  n’est pas un poète disparu. Au contraire, un menestrel, un trouvère retrouvé aimant taquiner les Muses de par un souffle poétique et cursif contemporain et humainement investi de valeurs cardinales universelles. La preuve ! Dans son œuvre phare, primée et saluée-lauréat du prix du roman francophone 2007- La Géographiedu danger, Hamid Skif, semble revendiquer haut et fort son statut d’écrivain universel et ce,  à travers la voix de son personnage( un sans-papier, un harraga) : « Je suis turc, arabe, berbère, iranien, kurde, gitan, cubain, bosniaque, albanais, roumain, tchétchène, mexicain, brésilien ou chilien au gré des nécessités. J'habite les lieux de ma métamorphose… ». Un citoyen du monde ! 

Hamid Skif fait ses études au lycée Ibn Badis d'Oran. Il rejoint en 1968 le « Théâtre de la Mer » qui s'installe l'année suivante à Alger et se nommera l´« Action culturelle des Travailleurs » quand Kateb Yacine y intégrera son activité.

En 1971 Hamid Skif fera partie, aux côtés notamment de Youcef Sebti, Abdelhamid Laghouati ou Djamel Imaziten, des poètes réunis en 1971 par Jean Sénac pour son anthologie de la jeune poésie algérienne de graphie française et anime en 1972 les soirées poétiques du « Mouggar » . Il participera à la rédaction de l'hebdomadaire « Révolution Africaine » puis, de retour à Oran, travaille au quotidien « La République » .

Il fut arrêté en 1973 pour la publication d'un reportage sur les mauvais traitements infligés aux citoyens puis muté en 1974 à Alger par mesure disciplinaire pour avoir refusé la liquidation du journal. Il refuse alors de prendre la direction de la revue littéraire « Promesses » fondée par Malek Haddad et rejoint l´ONCIC (Office National du Commerce et de l´Industrie Cinématographique) qu'il quitte en 1975 pour le siège de l´agence Algérie Presse Service à Ouargla.  Il sera nommé en 1978 responsable de l´APS à Oran et est 3e lauréat du Grand prix national du scénario avec Une si tendre enfance  dont la télévision algérienne juge le scénario contre-révolutionnaire. La presse lui refuse simultanément la publication de nouvelles qualifiées de « dangereuses ».

En 1979 Hamid Skif publie à Malaga (Espagne) Pais de larga pena » (d'après le titre d'un poème de Mostefa Lacheraf), anthologie bilingue de poésie algérienne réalisée en collaboration avec Emilio Sola.  Hamid Skif participera activement, à cette époque, à l´animation de la vie culturelle oranaise aux côtés du sociologue Abdelkader Djeghloul.  En 1984, il s’installera à Tipaza.  Il quittera  en 1990 l´APS pour fonder l´hebdomadaire économique « Perspectives ».  Il participera  en 1992 à la création de l´ « Association des Journalistes Algériens.

Il subit en 1993 et 1994 deux tentatives d'assassinat à Tipaza, tandis que sont tués, parmi les premiers, Tahar Djaout et Youcef Sebti.  En 1995-1996 Hamid Skif séjourne quatre mois au Heinrich Böll Haus et s'installera en 1997 à Hambourg en « transit temporaire » selon ses mots, animant des lectures et des conférences en Allemagne, en Autriche et en France. Il reçoit une bourse du Pen Club allemand dans le cadre du programme « Écrivains en exil».

Publiant régulièrement romans et poèmes, il préparera  un ouvrage sur le peintre Abdelkader Guermaz qu'il a connu dans sa prime enfance. La Géographiedu danger  a été adaptée par le chorégraphe Hamid Ben Mahi, de par une approche urbaine, corporelle et scénique. "La voix de Hamid Skif est de celles qu'on préférerait ne pas entendre car elles sont trop émouvantes et trop proches. » soulignera  Der Spiegel. Une épitaphe ! Ce n’est pas un poète disparu mais retrouvé ! De son vrai nom Mohamed Benmebkhout, Hamid Skif est issu d’une  famille de commerçants originaires de Bou-Saâda, plus précisément de Ain Rich.  Il est né à Oran le 21 mars 1951. Il est marqué dans sa jeunesse par un arrière-oncle, premier speaker francophone de Radio-Baghdad dans les années 1930 et l'un des fondateurs de l’ « Organisation secrète » chargée par le MTLD de préparer la Révolution algérienne de 1954.

K. Smaïl

© El Watan du 19 mars 2011


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